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OR 18

09/09/2006 arnaudt 2 commentaires

Non je ne viens pas vous parler bijoux et carats.
C’était mon siège de ce soir.
Il n’avait rien de « banal » comme je le pensais hier.
Il valait même tout l’or du monde.

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Car il était placé idéalement, plein milieu second rang.
Et là c’est une toute histoire que ma Corbeille d’hier. (*)

Là je retrouve les plaisirs d’il y a six ans avec La Dame aux Camélias
Je me fiche des 1000 personnes avec moi, derrière moi, je peux même me ficher de la pièce ou des autres comédiens sur le plateau, et n’avoir d’yeux -Dieu ?- que pour Isabelle.
En plan serré.
Mieux qu’au cinéma. Mieux que Paris Match, Marianne Rosenstiehl ou Brigitte Enguerand.
Ne jamais la quitter des yeux, ne rien rater.
Surtout pas LA larme qui coule sur sa joue droite quand elle se relève pour aller au devant du bourreau.
Elle fait ça admirablement bien Isabelle, pleurer.
On est dans ses petits sneakers quand elle pleure.

Etre aussi près a ses inconvénients bien sûr. On se retient presque de respirer, en tout cas d’avaler sa salive.
On a – moi – peur de passer de mauvaises ondes et de la faire planter.
C’est gênant d’être aussi près. Je ne voudrais pourtant aucun autre rang.

Ca l’était encore plus dans La Dame où elle laissait ses tripes sur la scène et mourrait, comme chacun le sait, atrocement. Réellement éprouvant, je l’ai déjà dit.
Ici c’est une fin presque plus douce, un dialogue avec la mort et la conscience, une illumination.

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Elle n’a pas croisé mon regard au moment des saluts, et ne m’a donc pas « reconnu ». :)

BHL est allé la saluer – l’applaudir et l’embrasser- dans sa loge (mais comment je sais tout ça ??) : il avait sans nul doute des choses beaucoup plus intelligentes à lui dire que moi :)

J’ai quitté Marigny en traînant les pieds.
Surtout ne pas croiser de kiosques en repartant, ne pas se polluer le regard…

(*) Même si je trouve la pièce toujours aussi mal fagotée et monochrome, casse-gueule même – rien de pire que des acteurs qui ne peuvent quitter un plateau mais n’ont rien à dire, n’ont rien d’autre à faire que gesticuler muettement, bêtement, les quelques ordres ou interrogations qui sont les leurs, sans accessoire dans des postures improbables – : pas sûr que Didier Long sache se sortir de ce guépier.

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Ici je suis heureuse

09/09/2006 arnaudt 3 commentaires

«Rien de mieux que le travail de troupe»

Propos recueillis par Armelle Héliot .
Publié le 09 septembre 2006
Actualisé le 09 septembre 2006 : 21h55

Isabelle Adjani nous livre ce qu’elle aime dans la personnalité de la reine Marie Stuart, et sur la pièce qui la met en scène.
ELLE RETROUVE donc le Théâtre Marigny, où, il y a quatre ans, elle avait joué La Dame aux camélias et bouleversé un public qui ne cesse de se renouveler. «Je ne cherchais rien. Je pense toujours au théâtre, je lis, j’assiste à certains spectacles. Mais j’attendais sans angoisse, lorsque Didier Long m’a soumis ce texte que je ne connaissais pas du tout. Il m’a plu.»
Marie Stuart est bien sûr une héroïne idéale pour le théâtre. «Mais ce qui est très intéressant, souligne Isabelle Adjani, c’est que ce n’est pas comme dans la «Marie Stuart» de Schiller, qui choisit une forme très élevée, insiste sur la figure d’Elizabeth, donne un lyrisme profond aux paroles. Ce qui est frappant dans la pièce de Wolfgang Hildesheimer, et ce que souligne d’ailleurs l’adaptation de Didier Long, qui a gommé l’excès romantique, le lyrisme à l’allemande, justement, pour aller vers une langue plus directe, littéralement plus élisabéthaine, c’est qu’il ne se soucie pas de réalisme.»

Elle s’exprime toujours avec cette autorité charmante de fille extrêmement intelligente et ultrasensible qui va tout de suite à l’essentiel et sans prendre la pose. Ce traitement, cela donne deux heures en «live» au cours desquelles chacun est traversé par un courant électrique, une impulsion nerveuse inéluctable. «Je marche droite, vaillante, sans peur…» dit-Marie Stuart. Isabelle y va. «Non pas sans trembler… et ce que j’aime dans la pièce de Wolfgang Hildesheimer, c’est ce qu’il y a de délirant dedans. Il n’y a rien là d’une reconstitution historique, mais plus simplement la projection d’une peur qui est celle qui saisit tout être qui sait qu’il va mourir… Alors on peut repérer les mouvements : l’examen de conscience, les bouffées de nostalgie, la détresse, le repentir, le besoin de faire la paix avec soi-même…» Elle se tait un moment. Elle reprend, calme, précise. «Il y a du vacarme autour d’elle, et du vacarme en elle… Elle aspire au silence…»

Ce côté «sois sage ô ma douleur» se fait entendre au loin. Mais la pièce propose aussi une vision plus âpre du dénouement tragique de la vie de Marie Stuart. «On peut reconnaître en ce destin unique des images qui renvoient à d’autres histoires, poursuit Isabelle Adjani. Marie représente un symbole vivant. Elle va être raillée, méprisée, mal traitée. On voit le caractère odieux avec lequel les gens traitent ceux qui ne sont plus rien. Tout ce qu’il y a de pire peut alors surgir, ce qu’il y a de pire en chacun. Il y a une concentration meurtrière de trahisons, de haine, de luttes de pouvoir, de corruption. On devine la jouissance qui saisit chacun à la conduire vers la potence… Tandis qu’en face un être tente d’exprimer son désarroi, déchiré par des souvenirs qui brûlent et sont un baume, en même temps.»

Ce qu’Isabelle Adjani aime aussi dans cette pièce, c’est «son caractère carnavalesque. Il y a quelque chose de grimaçant, de très grinçant, parfois drôle. Et puis cette irréalité : on est dans la salle d’exécution. Tout le monde rentre. Personne ne sort. Comme s’il s’agissait de la projection de ses pensées… Très étrange, non ?». Et d’ajouter, songeuse : «En même temps, c’est un spectacle. On la prépare, on la pare.»
Elle ne connaissait Didier Long que par sa mise en scène de Mademoiselle Else, de Schnitzler, avec Isabelle Carré, un travail qu’elle avait particulièrement apprécié. «Il est précis mais il fait confiance, ce qui interdit les indications trop rigides.» Elle, Isabelle Adjani, fait confiance, aussi. «Je suis dans ce moment où je sais que des choses se sont construites comme à mon insu. Il y a eu une maturation lente, qui s’est nourrie de ce que j’ai voulu savoir sur elle, Marie Stuart, et de ce qu’apporte la pièce. Je n’oublie pas que c’est une femme très gentille dans la vie privée mais intolérante, intraitable si l’on touche à son statut de reine.» Elle en est aussi à ce moment où il faut, ainsi qu’elle le dit, «armaturer le jeu, poursuivre sur le fil d’une rigueur monacale pour ensuite trouver la liberté… mais il faut imposer un carcan au personnage d’abord, qu’il ne s’échappe pas…».
«Ce n’est que sous l’effet de sa passion démesurée qu’elle s’élève au-dessus d’elle-même, détruisant sa vie tout en l’immortalisant.» De sa si belle voix, elle lit cette phrase, qu’elle aime et qui vient de Stephan Zweig, de sa biographie de Marie Stuart. Le dense volume des «Cahiers rouges» de Grasset ne la quitte pas. «J’aime penser que les deux grandes biographies qu’il a écrites concernent Marie Stuart et Marie-Antoinette…»
Rester dans la générosité

D’autres livres ne la quittent pas en ce moment. L’Ethique de Spinoza. Elle lit Spinoza. Et elle en parlerait des heures. «Celui qui disserte le mieux sur la prudence à avoir vis-à-vis de l’affectif, c’est lui.» Elle rit, l’air de vous dire : «J’aurais peut-être dû le lire plus tôt, non ?» Mais elle poursuit, sérieuse. «Il faut apprendre à ne laisser ni les autres, ni la vie, ni les incidents de la vie vous envahir… Moi qui suis capteur et récepteur, j’ai souvent eu du mal. J’ai oublié de penser à moi. Je me fais des rappels. J’essaie d’être en possession de moi-même. C’est une des leçons de Spinoza. Les choses arrivent, les bonnes et les mauvaises. Il ne faut pas laisser, sous le prétexte de la célébrité, votre vie ne plus vous appartenir… C’est pour tenter de tenir que je lis Spinoza…» Les injonctions peuvent être : se séparer des faux amis, repérer les courtisans de très loin, perdre une certaine naïveté, ne pas confondre l’innocence avec la bonté, ne plus être dupe. Mais rester dans la générosité. Et savoir que «plus on est lucide sur soi-même, plus on devient de plus en plus soi-même».
Elle, elle n’est jamais au plus près d’elle-même qu’au théâtre. «Ici, je suis heureuse. Il n’y a rien de mieux que le travail de troupe… D’ailleurs, sans Adèle H., je serais encore au Français…» L’autre livre qui tient une grande place dans son quotidien, ces temps-ci, c’est le livre de Denis Podalydès. «Je me reconnais en tout ce qu’il dit, tout ce qu’il éprouve. J’aime beaucoup la manière dont il formule ses pensées, ses sentiments, sa façon de parler du théâtre.» L’idéal, ce serait qu’un jour un administrateur général de la Comédie-Française rappelle Isabelle pour quelques mois…

En attendant et alors que commencent les représentations, elle a un autre projet : tourner, sous la direction de Jacques Weber, qui jouera Almaviva, le rôle de la comtesse dans Le Mariage de Figaro, de Beaumarchais. Et qui sera Figaro ? Denis Podalydès. La vie est bien écrite.

Théâtre Marigny, à 20 h 30 du mardi au samedi, en matinées le samedi à 18 heures (à partir du 16 septembre) et le dimanche à 16 heures. Tél. : 0 892 222 333 (0,34 c/min). Texte de l’adaptation à paraître.

© Le Figaro
http://www.lefigaro.fr/culture/20060909.FIG000000517_rien_de_mieux_que_le_travail_de_troupe.html
http://www.lefigaro.fr/culture/20060909.FIG000000516_isabelle_adjani_l_art_d_etre_elle_meme.html

A acheter pour la sublime photo de couv’ du cahier Loisirs.

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