Archive for septembre 17th, 2006

Quel dommage que nous ne soyons plus à l’époque d’Hugo et de son Hernani, qu’on ne puisse pas crier au scandale au milieu d’une représentation.
Quel dommage qu’aujourd’hui on soit trop poli pour huer, siffler, voire simplement sortir au milieu d’une pièce.
Je sors de Blanc (Théâtre de la Madeleine), et pourtant elle le mériterait

Dieu que c’est long 80mn quand c’est pénible ! C’est interminable 1h20 !
On regarde sa montre au bout de 40mn, à 50, à 70… on mesure le temps qui reste, on subit.

C’est un spectacle proprement affligeant.
On aurait tant aimé aimer…
Il y a des gens qu’on apprécie, devant - Isabelle Carré- et derrière - Zabou Breitman.
Ca aurait pu être une pièce charmante, avec un joli décor (vieille maison de famille à la campagne ou en lointaine banlieue, avec l’herbe qui pousse dans le jardin et la cuisine qui cultive l’authentique), avec projections et effets vidéos réussis (démultiplication à la Gondry, girafes oniriques, …).
Non vraiment.
Mais c’est plié dès les premières répliques -Léa Drucker- qui sonnent faux comme on peut difficilement faire pire.
On s’en étonne, on se demande si ça vient de l’actrice, de la direction, ou du texte.
On se dit que ça ne va pas, ne peut pas durer.
Si.
De mal en pis.

Un texte ni fait ni à faire, affligeant, tout sauf du théâtre. Aussi inspide que du buvard, du coton, de la ouate imbibée de chloroforme ; des dialogues croisés complètement ratés, joués avec les pieds, au delà du pénible. Une platitude sans fin, un ratage absolu.
On décroche définitivement au bout de 40mn quand on comprend que c’est plié.
Et on subit.
Certains derrière moi sont partis.
Mon voisin de gauche s’est mis à souffler et à regarder sa montre toutes les trois minutes. Il n’a pas applaudi, moi non plus, tandis que mes voisins du rang suivant se disaient “c’est la première fois que j’ai envie de partir au milieu de la pièce“.
Comme je les comprends.

La salle pourrait bien se vider, ça ne changerait pas grand chose d’ailleurs, tant les deux actrices jouent dans une salle aussi silencieuse qu’absente. Pas de rires, de tension ou d’émotion : d’où pourraient-ils venir ?
Si, on entend des baillements, des soupirs, des têtes qui se tapent contre des murs imaginaires.

C’est mauvais comme une mauvaise copie d’étudiants qui n’aurait pas travaillé/révisé/appris son cours, n’aurait rien à dire, mais s’évertuerait quand même à remplir deux copies-double de hors-sujet total dans une langue alambiquée qu’il croirait être suffisante pour leurrer le correcteur et masquer le manque de profondeur.
Dans ce cas je sors mon crayon rouge et je barre d’un large “VOUS ME FAÎTES PERDRE MON TEMPS !” que je souligne avec force traits.
Ben là c’est pareil, on perd son temps, on perd son argent. (Heureusement que j’étais à -50% aux Premières.)

Comment diable est-il possible, se demande t’on passablement énervé en sortant du théâtre, de monter un tel spectacle ?
Dans quel bulle évoluent tant acteurs que metteur en scène pour s’y intéresser ?

D’une jeune troupe amateur ça serait déjà peu compréhensible, mais de Zabou -pour monter la pièce, désirer la mettre en scène-, et d’Isabelle Carré pour l’accepter, on ne peut que s’étonner.
Ce sont quand même des professionnels de grand talent qui savent ce qu’est un vrai texte, pour en reconnaître un plat, un mauvais, un ridicule quand il se présente.
N’ont-ils donc aucune personne capable ou susceptible de les conseiller ?
Je me perds sincérement en conjectures.

Voilà le genre de spectacle qui devrait s’arrêter après la première, après quelques représentations comme c’est, parait-il, le cas à Broadway.

Bref, un conseil : évitez à tout prix !
Dépensez votre argent autrement, donnez le aux pauvres, buvez le, empiffrez vous de plaques de chocolat : une crise de foie sera sans doute moins pénible.

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Du Monde, lu tout à l’heure dans le Starbucks qui jouxte l’Olympia :)
Page particulièrement intéressante, tant l’article du haut, que celui du bas.

-> Isabelle Adjani, reine en abyme et en miroir
-> La guerre en Irak et George Bush pris pour cible au Canada (troisième colonne, des copines à moi ;) )

Vite avant que les articles ne deviennent payants :)

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Et Le Figaro il y a deux jours (merci Google Alerts :) )

Il en est des grandes interprètes au théâtre comme des divas des scènes lyriques : quelque chose d’extrêmement rare s’impose chaque fois qu’elles apparaissent parce que la beauté renversante le dispute à l’émotion que procure le sentiment d’une performance inouïe. Il en est ainsi avec Isabelle Adjani dans le rôle de Marie Stuart, une reine d’Écosse et de France imaginée dans sa dernière nuit par un écrivain allemand contemporain, Wolfgang Hildesheimer, ici adapté par Didier Long, qui signe la mise en scène.
Dans un décor qui est un simple enveloppement de panneaux rouge foncé, avec pour toute lumière une lune pâle et des flambeaux, Marie Stuart se bat avec elle-même deux heures durant. Elle est un être humain face à la peur de mourir, une reine qui n’oublie pas son rang, une catholique qui défend sa foi. Les personnages qui paraissent, les fidèles et ceux qui ne sont là que pour l’humiliation et l’exécution, sont autant de figures d’un monde contrasté.
Les costumes superbes de Dominique Borg apportent un supplément de beauté à la représentation et chaque personnage est magnifiquement mis en valeur. On pourrait pinailler sur la manière dont l’écrivain injecte du prosaïsme dans une situation tragique. Il y a quelque chose de grinçant dans sa manière. Didier Long respecte ce caractère et met en valeur la férocité de l’auteur, voire la vulgarité des pensées de certains, et les comédiens sont très bien. Jacques Zabor comme Bernard Waver, Patrick Rocca comme Jean-Yves Chatelais, André Chaumeau ou Anne Suarez et Joséphine Fresson, pas de petit rôle ici, car chaque réplique compte. Rémi Bichet, François Raffenaud, Axel Kiener, Raphaël Poulain le savent bien.
Domine Isabelle Adjani. En scène deux heures durant. Sa voix sublime, l’un des plus beaux timbres de comédienne qui soit, la profondeur et l’intelligence de son engagement, sa sincérité, la finesse des moirures de son jeu, tout subjugue. Par-delà la troublante présence, c’est l’engagement, l’audace, ce qu’il y a d’intrépide et de vulnérable en elle, Isabelle Adjani, qui bouleversent le public. Des qualités qui correspondent au mystère même du destin de Marie Stuart…

Armelle Héliot

Puisque “tout subjugue” comme le dit si justement Armelle Héliot, je pense pouvoir vous en reparler prochainement :)

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J’étais à l’Ateler hier soir, pour Adultères.
Sur le papier ça sentait bon - -Woody Allen, une distribution aux petits oignons, une place superbe un beau théâtre…- hé bien ce fût encore mieux que ça.
Une superbe soirée !

Je dis que ça sentait bon, pourtant j’avais déjà vu des Woody Allen sans intérêt -Une Aspirine pour Deux, Francis Perrin Cyrielle Claire-, et des daubes à l’Atelier - Résonances pour n’en citer qu’une-.
Donc ni le lieu ni l’auteur ne garantissent une belle soirée.

Là j’avais repéré le formidable Pierre Cassignard, et la craquante Valérie Karsenty, qui garantissaient le minimum syndical de plaisir.
Mais la révélation allait venir d’ailleurs.

Pierre Cassignard, qui n’apparaît que dans la pièce de 19h -Riverside Drive- fût, je l’avoue, une déception.
Pourtant exceptionnel chez Goldoni (je pense davantage encore aux Jumeaux Vénitiens qu’à la Locandiera) il est ici mal casté, peu crédible dans le rôle de romancier à succès new-yorkais.

Valérie Karsenty est elle toujours aussi craquante, épatante, pimpante, mutine, fondante. Je l’A-DO-RE !

Non, j’ai découvert, apparemment après tout le monde, le génialissime Xavier Gallais.
Les adjectifs commençant à être nombreux dans cette note, et les superlatifs souvent employés à la légère dans le microcosme parisien, laissez moi vous dire à qui il fait penser.

Exceptionnel dans les trois pièces, on pense à Robert Downey Jr. dans la première, en clochard brillamment azimuté.
Patrick Dewaere, sa fragilité et sa folie, traverse l’esprit dans Central Park West, où il est un prof maniaco-dépréssif cocu.
Dans la dernière pièce -Old Saybrook-, la plus farfelue (la plus ratée néanmoins ? Woody Allen dans ses angoisses de la page blanche), il est un croisement entre José Garcia et surtout Jim Carrey.

Rien que ça vous laisse envisager l’étendue du spectre qu’il couvre en trois heures de spectacle.

Dès qu’il apparaît, et il est quasiment de toutes les scènes, il bouffe tout l’espace (sans pourtant tirer la couverture), on n’a d’yeux que pour lui.
Exceptionnel de présence pendant les répliques des autres, inventif à chaque instant, il remplit ses propres dialogues comme j’ai vu peu de comédiens le faire.
Il doit rajouter du texte ça n’est pas possible autrement…

Il semble improviser sur la corde raide à chaque instant (je n’arrive pas à imaginer que la direction de Benoit Lavigne lui donne tant de précisions), au risque même de déclencher des fous-rires et des blancs chez ses camarades de jeu, au risque aussi de perdre son propre texte.
(Ils viennent de commencer à jouer la pièce il y a seulement quelques jours.)

L’inventivité absolue, la liberté de jeux comme rarement vus sur une scène.

Je suis apparemment le dernier à le découvrir (nomination aux Molières 2003), et s’il n’est pas nommé à nouveau cette année, catégorie meilleur comédien, je mange mon chapeau.

Bref, c’est place Ch. Dullin au pied de Montmartre, ça s’appelle Adultères, c’est de Woody Allen et il y a un forfait pour les “deux spectacles”.
C’est -très- drôle, bien emballé, monté façon cinéma (superbes génériques avant chaque acte), ambiances réussies notamment dans Riverside Drive, une belle distribution et un acteur absolument prodigieux.
C’est un conseil Baragouine © :)

Vu la veille L’importance d’être Constant, Oscar Wilde, au théâtre Antoine.
Je mets l’accent sur la majuscule de Constant car, n’ayant aucune culture/jamais vu la pièce (il y a une première fois à tout), je ne savais pas que ça faisait référence au prénom.

Mais toi lecteur nécessairement cultivé de Baragouine, tu sais que la pièce est un qui-pro-quo un peu con-con (je n’ose dire à la Molière) où l’un -Jack, Frederic Diefenthal- se fait passer pour un frère qu’il n’a pas et qui s’appelle Constant ; ou l’autre - Algernon, Lorant Deutsch-, son meilleur ami va se faire passer pour ce Constant frère imaginaire.
Les deux veulent épouser deux demoiselles qui chacune croit être fiancée à ce fameux Constant.

Je ne vous raconte pas la suite, mais “tout se termine bien“, tout le monde épouse tout le monde.

Que dire…
Que ça va être couru, un succès, que les gens ont envie de ça, besoin de ça, et qu’on ne saurait les blâmer.
Il y a “de beaux décors” (Donald Cardwell ?), “de beaux costumes” (Roger Hart ?), c’est éclairé pleins feux, des comédiens de cinéma ou de télé, et la pièce est célèbre.
Au Théâtre Ce Soir.
C’est brillant, Oscar Wilde oblige, chaque réplique est un aphorisme.

A part ça… Je ne pense pas avoir jamais vu la pièce, et pourtant en regardant Lorant Deutsch je me disais quel dommage que Jean Piat n’ait plus (depuis longtemps malheureusement) l’âge du rôle.
J’entendais Jean Piat, j’aurais voulu Jean Piat, son charme absolu, son aisance, sa distinction naturelle, son timbre de voix.
L’a t’il seulement joué ? Oui hein ?

Sauf que là c’est Lorant Deutsch… et que c’est un ratage absolu de casting.
N’ayant naturellement pas la noblesse toute Brett-Sinclairienne du rôle, il en rajoute des tonnes et transforme chaque dialogue en second degré, chaque geste en caricature.
(Diefenthal ne m’emballe pas non plus, mais c’est moins grave.)
C’est globalement surjoué, surcrié alors que le théâtre n’est pourtant pas si grand.

Si, je retiens Marie-Julie Baup qui joue une Cecily tout en finesse, et Claire Magnin truculente en vieille demoiselle institutrice. Elles sont, elles, épatantes.

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