Quel dommage que nous ne soyons plus à l’époque d’Hugo et de son Hernani, qu’on ne puisse pas crier au scandale au milieu d’une représentation.
Quel dommage qu’aujourd’hui on soit trop poli pour huer, siffler, voire simplement sortir au milieu d’une pièce.
Je sors de Blanc (Théâtre de la Madeleine), et pourtant elle le mériterait
Dieu que c’est long 80mn quand c’est pénible ! C’est interminable 1h20 !
On regarde sa montre au bout de 40mn, à 50, à 70… on mesure le temps qui reste, on subit.
C’est un spectacle proprement affligeant.
On aurait tant aimé aimer…
Il y a des gens qu’on apprécie, devant - Isabelle Carré- et derrière - Zabou Breitman.
Ca aurait pu être une pièce charmante, avec un joli décor (vieille maison de famille à la campagne ou en lointaine banlieue, avec l’herbe qui pousse dans le jardin et la cuisine qui cultive l’authentique), avec projections et effets vidéos réussis (démultiplication à la Gondry, girafes oniriques, …).
Non vraiment.
Mais c’est plié dès les premières répliques -Léa Drucker- qui sonnent faux comme on peut difficilement faire pire.
On s’en étonne, on se demande si ça vient de l’actrice, de la direction, ou du texte.
On se dit que ça ne va pas, ne peut pas durer.
Si.
De mal en pis.
Un texte ni fait ni à faire, affligeant, tout sauf du théâtre. Aussi inspide que du buvard, du coton, de la ouate imbibée de chloroforme ; des dialogues croisés complètement ratés, joués avec les pieds, au delà du pénible. Une platitude sans fin, un ratage absolu.
On décroche définitivement au bout de 40mn quand on comprend que c’est plié.
Et on subit.
Certains derrière moi sont partis.
Mon voisin de gauche s’est mis à souffler et à regarder sa montre toutes les trois minutes. Il n’a pas applaudi, moi non plus, tandis que mes voisins du rang suivant se disaient “c’est la première fois que j’ai envie de partir au milieu de la pièce“.
Comme je les comprends.
La salle pourrait bien se vider, ça ne changerait pas grand chose d’ailleurs, tant les deux actrices jouent dans une salle aussi silencieuse qu’absente. Pas de rires, de tension ou d’émotion : d’où pourraient-ils venir ?
Si, on entend des baillements, des soupirs, des têtes qui se tapent contre des murs imaginaires.
C’est mauvais comme une mauvaise copie d’étudiants qui n’aurait pas travaillé/révisé/appris son cours, n’aurait rien à dire, mais s’évertuerait quand même à remplir deux copies-double de hors-sujet total dans une langue alambiquée qu’il croirait être suffisante pour leurrer le correcteur et masquer le manque de profondeur.
Dans ce cas je sors mon crayon rouge et je barre d’un large “VOUS ME FAÎTES PERDRE MON TEMPS !” que je souligne avec force traits.
Ben là c’est pareil, on perd son temps, on perd son argent. (Heureusement que j’étais à -50% aux Premières.)
Comment diable est-il possible, se demande t’on passablement énervé en sortant du théâtre, de monter un tel spectacle ?
Dans quel bulle évoluent tant acteurs que metteur en scène pour s’y intéresser ?
D’une jeune troupe amateur ça serait déjà peu compréhensible, mais de Zabou -pour monter la pièce, désirer la mettre en scène-, et d’Isabelle Carré pour l’accepter, on ne peut que s’étonner.
Ce sont quand même des professionnels de grand talent qui savent ce qu’est un vrai texte, pour en reconnaître un plat, un mauvais, un ridicule quand il se présente.
N’ont-ils donc aucune personne capable ou susceptible de les conseiller ?
Je me perds sincérement en conjectures.
Voilà le genre de spectacle qui devrait s’arrêter après la première, après quelques représentations comme c’est, parait-il, le cas à Broadway.
Bref, un conseil : évitez à tout prix !
Dépensez votre argent autrement, donnez le aux pauvres, buvez le, empiffrez vous de plaques de chocolat : une crise de foie sera sans doute moins pénible.


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