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Révélation

J’étais à l’Ateler hier soir, pour Adultères.
Sur le papier ça sentait bon – -Woody Allen, une distribution aux petits oignons, une place superbe un beau théâtre…- hé bien ce fût encore mieux que ça.
Une superbe soirée !

Je dis que ça sentait bon, pourtant j’avais déjà vu des Woody Allen sans intérêt -Une Aspirine pour Deux, Francis Perrin Cyrielle Claire-, et des daubes à l’Atelier – Résonances pour n’en citer qu’une-.
Donc ni le lieu ni l’auteur ne garantissent une belle soirée.

Là j’avais repéré le formidable Pierre Cassignard, et la craquante Valérie Karsenty, qui garantissaient le minimum syndical de plaisir.
Mais la révélation allait venir d’ailleurs.

Pierre Cassignard, qui n’apparaît que dans la pièce de 19h -Riverside Drive- fût, je l’avoue, une déception.
Pourtant exceptionnel chez Goldoni (je pense davantage encore aux Jumeaux Vénitiens qu’à la Locandiera) il est ici mal casté, peu crédible dans le rôle de romancier à succès new-yorkais.

Valérie Karsenty est elle toujours aussi craquante, épatante, pimpante, mutine, fondante. Je l’A-DO-RE !

Non, j’ai découvert, apparemment après tout le monde, le génialissime Xavier Gallais.
Les adjectifs commençant à être nombreux dans cette note, et les superlatifs souvent employés à la légère dans le microcosme parisien, laissez moi vous dire à qui il fait penser.

Exceptionnel dans les trois pièces, on pense à Robert Downey Jr. dans la première, en clochard brillamment azimuté.
Patrick Dewaere, sa fragilité et sa folie, traverse l’esprit dans Central Park West, où il est un prof maniaco-dépréssif cocu.
Dans la dernière pièce -Old Saybrook-, la plus farfelue (la plus ratée néanmoins ? Woody Allen dans ses angoisses de la page blanche), il est un croisement entre José Garcia et surtout Jim Carrey.

Rien que ça vous laisse envisager l’étendue du spectre qu’il couvre en trois heures de spectacle.

Dès qu’il apparaît, et il est quasiment de toutes les scènes, il bouffe tout l’espace (sans pourtant tirer la couverture), on n’a d’yeux que pour lui.
Exceptionnel de présence pendant les répliques des autres, inventif à chaque instant, il remplit ses propres dialogues comme j’ai vu peu de comédiens le faire.
Il doit rajouter du texte ça n’est pas possible autrement…

Il semble improviser sur la corde raide à chaque instant (je n’arrive pas à imaginer que la direction de Benoit Lavigne lui donne tant de précisions), au risque même de déclencher des fous-rires et des blancs chez ses camarades de jeu, au risque aussi de perdre son propre texte.
(Ils viennent de commencer à jouer la pièce il y a seulement quelques jours.)

L’inventivité absolue, la liberté de jeux comme rarement vus sur une scène.

Je suis apparemment le dernier à le découvrir (nomination aux Molières 2003), et s’il n’est pas nommé à nouveau cette année, catégorie meilleur comédien, je mange mon chapeau.

Bref, c’est place Ch. Dullin au pied de Montmartre, ça s’appelle Adultères, c’est de Woody Allen et il y a un forfait pour les « deux spectacles ».
C’est -très- drôle, bien emballé, monté façon cinéma (superbes génériques avant chaque acte), ambiances réussies notamment dans Riverside Drive, une belle distribution et un acteur absolument prodigieux.
C’est un conseil Baragouine © :)

Vu la veille L’importance d’être Constant, Oscar Wilde, au théâtre Antoine.
Je mets l’accent sur la majuscule de Constant car, n’ayant aucune culture/jamais vu la pièce (il y a une première fois à tout), je ne savais pas que ça faisait référence au prénom.

Mais toi lecteur nécessairement cultivé de Baragouine, tu sais que la pièce est un qui-pro-quo un peu con-con (je n’ose dire à la Molière) où l’un -Jack, Frederic Diefenthal- se fait passer pour un frère qu’il n’a pas et qui s’appelle Constant ; ou l’autre – Algernon, Lorant Deutsch-, son meilleur ami va se faire passer pour ce Constant frère imaginaire.
Les deux veulent épouser deux demoiselles qui chacune croit être fiancée à ce fameux Constant.

Je ne vous raconte pas la suite, mais « tout se termine bien« , tout le monde épouse tout le monde.

Que dire…
Que ça va être couru, un succès, que les gens ont envie de ça, besoin de ça, et qu’on ne saurait les blâmer.
Il y a « de beaux décors » (Donald Cardwell ?), « de beaux costumes » (Roger Hart ?), c’est éclairé pleins feux, des comédiens de cinéma ou de télé, et la pièce est célèbre.
Au Théâtre Ce Soir.
C’est brillant, Oscar Wilde oblige, chaque réplique est un aphorisme.

A part ça… Je ne pense pas avoir jamais vu la pièce, et pourtant en regardant Lorant Deutsch je me disais quel dommage que Jean Piat n’ait plus (depuis longtemps malheureusement) l’âge du rôle.
J’entendais Jean Piat, j’aurais voulu Jean Piat, son charme absolu, son aisance, sa distinction naturelle, son timbre de voix.
L’a t’il seulement joué ? Oui hein ?

Sauf que là c’est Lorant Deutsch… et que c’est un ratage absolu de casting.
N’ayant naturellement pas la noblesse toute Brett-Sinclairienne du rôle, il en rajoute des tonnes et transforme chaque dialogue en second degré, chaque geste en caricature.
(Diefenthal ne m’emballe pas non plus, mais c’est moins grave.)
C’est globalement surjoué, surcrié alors que le théâtre n’est pourtant pas si grand.

Si, je retiens Marie-Julie Baup qui joue une Cecily tout en finesse, et Claire Magnin truculente en vieille demoiselle institutrice. Elles sont, elles, épatantes.

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  1. 17/10/2006 à 08:35 | #1

    Je suis bien d’accord, allez-y c’est vraiment très très sympa et le commentaire est on ne peut plus juste d’ailleurs je me suis permis d’y faire référence sur mon blog http://www.blogculturel.com/article-4197367.html
    Vous remarquerez rapidement Xavier Gallais et Valérie Karsenti…

  2. arnaudt
    17/10/2006 à 12:41 | #2

    Oui, je ne vois pas comment le Molière pourrait lui échapper (à tout le moins la nomination)

    (Merci pour la gentille référence :) )

  3. xavier gallais
    18/07/2007 à 01:07 | #3

    Salut Arnaudt,c’est Xavier Gallais.Je viens de tomber sur ton article au sujet d’ Adultères.Evidemment ça m’a fait très plaisir et je tenais a te remercier ainsi que Herwann pour son commentaire.Par contre je ne suis pas d’accord avec toi au sujet de Pierre Cassignard dans Riverside.Le role qu’il avait en charge était un peu ingrat alors que le mien était plus payant peut-etre.Il a joué ce personnage qui écoute beaucoup avec la meme energie tous les soirs pendant 4 mois et pour ça je te promet qu’il est vraiment respectable.La prochaine fois qu’il sera a l’affiche,n’hesite pas a aller l’applaudir,le role mettra peut-etre plus en valeur son talent et sa générosité.Sur ce je te salut et j’espere que la prochaine fois je parviendrai a nouveau a te faire partager mon plaisir a etre sur scene.Xavier.

  4. arnaudt
    18/07/2007 à 15:04 | #4

    Alors comme ça on google son nom ? :D

    Bonjour Xavier (si c’est vraiment vous : après tout je peux moi aussi me créer une adresse isabelle.adjani@yahoo.com ;) )
    Si c’est vous donc, je suis flatté que vous m’ayez lu et pris le temps de répondre à ce blog.
    Quelques remarques écrites à chaud (il faisait bouillant dans l’Atelier ce soir là …) après cette belle soirée que vous m’aviez proposée, rédigées dans l’anonymat du virtuel, et que j’eus sans doute été incapable de vous faire de vive voix.
    Ravi qu’elles vous soient quand même parvenues donc, d’autant que 11 mois plus tard, je pense plus que jamais ce que j’avais écrit ce soir là.
    (Qui plus est certifiées 100% sans flagornerie ou parisianisme mondain )

    Merci donc, merci surtout pour votre talent.
    Peut-on espérer vous voir – et dans quoi- la saison prochaine ?

    Puisque vous êtes là, puis-je reposer la question qui me taraude depuis cette représentation ? Quelle part de jeu propre, d’improvisation, de liberté, et quelle part revenait aux indications précises de mise en scène ? Est-ce quantifiable ?
    Ou Benoit Lavigne, avec qui vous avez donc beaucoup travaillé, vous laisse t’il dès le départ énormément de marge de jeu, sachant votre capacité à innover/inventer ?
    Voilà que j’aimerais bien savoir :)

    Quant à Pierre Cassignard, je crois que nous disons la même chose :) c’est d’abord un immense comédien.
    Je le disais dans cette pièce « mal casté », vous dîtes « rôle ingrat », c’est effectivement plus élégant :)
    Ce que je voulais dire c’est que justement, c’est un formidable comédien qui ne trouvait pas là un rôle à la hauteur de ses talents.

    Au plaisir de vous voir sur scène prochainement, car je ne vais désormais rater aucune de vos prestations.
    A bientôt.

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