Dans le Fig-Mag de ce week-end :
[MAJ sam 18:27] Il vient de redire le même -heureusement- dans Ca balance à Paris, sur Paris Première.
Mais c’est vers Marie Stuart que se tournent les regards puisque tout dans cette tragédie est à son service, et puisque Isabelle Adjani est sur la scène. C’est peu dire qu’elle gomme immédiatement, par l’éclat de sa présence et l’intensité de son jeu, le mauvais souvenir de La Dame aux camélias, où elle n’avait rien à dire ni à faire, sauf dans une belle scène finale. Ici, deux heures d’affilée, elle est souveraine, s’unissant au personnage avec la sincérité de l’innocence, dans tous les registres qu’offre le rôle, de l’hystérie à l’extase, de l’épouvante à la colère, de la fragilité à l’héroïsme. Corps, âme et voix, elle est dans la vérité du rôle et dans sa propre vérité qui étrangement se rejoignent, insoucieuse de ses apparences mais les transcendant par son authenticité et sa ferveur. Et, par là même, lumineuse.
Sur la pièce elle même :
Nous assistons à la mise à mort de Marie, dans le plus pur respect de l’unité de temps, d’action et d’espace, sous la forme d’une chronique en continu qui prend évidemment toutes les libertés possibles avec la vérité historique. Le souci de Hildesheimer était d’installer en majesté sur la scène la figure complexe, douloureuse et tragique de l’héroïne, et de nous inviter à suivre le calvaire qui la mena au supplice, le corps peu à peu réduit aux formes d’un pantin livré aux mains de ses bourreaux et de ses serviteurs, et l’âme s’élevant, à mesure qu’approche la mort, vers le royaume de Dieu.
C’est cette dissociation, c’est ce contraste qui fait l’intérêt de la pièce et qui donne au rôle sa beauté. La reine s’évade peu à peu de la réalité qui l’entoure, après que se sont apaisées sa révolte, sa rage et sa peur. Elle s’absente lentement de la vie, elle meurt au monde avant même que le bourreau ne fasse son oeuvre, elle devient sourde à la monstruosité de son entourage et celui-ci finit lui-même par l’ignorer, et cela est très émouvant. Pour le reste, l’oeuvre pèche par une certaine lourdeur, une raideur, induites par sa construction statique et linéaire. Didier Long ne peut rien contre, sa mise en scène est d’une scrupuleuse fidélité, il n’a pas le droit au lyrisme. Ajoutons que le sombre décor d’Edouard Laug est superbe et les costumes de Dominique Borg, somptueux.
(Et spécial pour Marc : Actualisé le 23 septembre 2006 : 17h50)
Maintenant y’a plus qu’à attendre Nerson. Il en pense quoi Nerson ?
Réponse -à partir de- dimanche 1er octobre dans Le Masque et la Plume.
[tags] Isabelle Adjani, Marie Stuart [/tags]