“Guy Bedos a beau être de gauche, on ne m’ôtera pas de l’idée que c’est un honnête homme.”
Oui, commençons par là. Par cette saillie de son camarade, ô combien regretté, Pierre Desproges. Il nous manque celui là…
Commençons par là pour dire qu’il nous manquait lui aussi, depuis dix ans qu’il n’était pas passé nous voir et qu’on se faisait une joie de le retrouver. Je l’ai déjà vu au moins deux fois en spectacle et je me souviens notamment de son final, hommage au cinéma italien, et de ses “tenez bon, courage” qui, à une certaine époque plus difficile que l’actuelle, me faisaient beaucoup de bien.
Bref, j’aime bien Bedos.
L’avantage d’aller au spectacle seul -il en faut bien un- c’est de toujours trouver un siège unique, vide, très près de la scène.
Je m’installais donc au troisième rang face à la scène.
C’était il y a deux semaines, et Bedos “rôdait en province” comme on dit, le spectacle qu’il vient de commencer au Cirque d’Hiver.
Le problème c’est que c’était un rôdage en stade très, très avancé.
Plus de l’alpha que de la béta, dirait-on en informatique, bien loin de la Release Candidate ou de la Golden Master.
A t’il eu le temps, a t’il tout simplement la possibilité de s’améliorer en quinze jours ? J’ai de gros doutes.
Ca commence avec trois-quarts de grands classiques, de sketchs archi-connus, de Dabadie pur jus, de best-of : pourquoi pas…
Bon Anniversaire, Dans le noir, l’Orient, Si j’étais une femme…
“Ahhh je suis fatigué… si j’étais une femme j’irais me coucher“. Huées du public, j’ajoute en murmurant “virgule, directement sans me démaquiller”.
Bedos poursuivant en se délectant : “Directement, sans me démaquiller.”
Ma voisine, pourtant pas toute jeune, me fait “vous, vous avez déjà vu le spectacle.”
Euh non, c’est juste que c’est un sketch et une réplique archi-connue.
Toute cette première partie est ainsi, et encore une fois, pourquoi pas.
On se dit même dans les premières minutes qu’on est en face du dernier monstre sacré, du dernier des Devos, Coluche, Montand (ok, pas un comique, mais bon…), voire des Poiret-Serrault ou Martin-Yanne.
Un humour à la papa, estampillé 60s 70s, qui disparaîtra avec lui, remplacé par Florence Foresti, Erik&Ramzy, Omar&Fred, bref des pas drôles.
Ensuite c’est la -très attendue, et pas que par moi- revue de presse, et c’est là que a commencé à foirer franchement.
Rien à dire, un comble en cette période : remarques éculées (la canicule, les vaches qui pètent, les vieux qui meurent), rien ou presque sur les socialistes (c’était le soir du premier débat), à part une diatribe bienvenue sur Martine Aubry ; évidemment un maximum sur Nicolas Sarkozy.
Des remarques pas drôles, et surtout pas encore connues de lui: “vous me suivez là ? parce que moi je sais plus du tout où j’en suis”. Et de se plonger dans des fiches inconnues qu’il avait la plus grande peine à relire et à relier. (Quelle curieuse idée de noter des choses au verso…)
Mais surtout, un énorme problème de diction. Un phrasé toujours aussi rapide, mais que l’appareillage n’arrive plus à suivre ; répliques des premiers sketchs parties dans les limbes, cafouillages à foison pendant la “revue de presse” (qui ne méritait pas son nom).
L’injure en arabe suivie d’un “c’est normal, mes fiches sont écrites en arabe et je traduis à la volée” en excuse, ça va bien une fois, ça fait sourire les aficionados, mais deux, trois, quatre, cinq fois… ça agace plus qu’autre chose.
Une vraie-fausse mégalomanie un peu trop poussée pour être drôle.
D’autres remarques qui tombent à plat… et on est au bout des fiches.
Là on est à 1h30 de spectacle. On se dit qu’il va revenir pour une deuxième moitié de sketchs, en espérant cette fois des inédits, histoire de ne pas s’être déplacé pour rien.
Ben non, un sketch, un rappel, et au revoir ; “j’ai passé une excellente soirée avec vous”.
Tant mieux pour lui, mais nous on est resté sur notre faim.
D’autant plus dommage que j’ai quitté la salle en me disant que c’était peut-être la dernière fois que je le voyais.
-> Le Figaro l’aime beaucoup (on vit décidement une drôle d’époque…)
-> Le Monde aussi.

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