Archive for novembre 17th, 2006

Non je ne viens pas annoncer la titularisation de Michèle Alliot-Marie au poste de trois-quart aile, dans l’équipe qui affrontera demain les All Blacks au Stade de France.
Mais je vais quand même parler de rugby.
(Pas sûr que MAM ferait moins bien que l’équipe de la semaine dernière, mais c’est une autre histoire :) )

Non je viens réagir à la médiatique déclaration de Georges Frèche d’hier et au ras-de-marée karcherisant de la bien pensance politiquement correcte qu’elle a engendré.
Hier soir c’était LE sujet qui éclipsait tous les autres, même le vote socialiste, et les émissions d’informations suivaient minute par minute les réactions condamnant cette déclaration. On savait que l’Elysée avait réagi quasi dans l’instant, Fabius juste après, on attendait la réaction de Ségo … ah non pardon (doigt sur l’oreillette) on apprend à l’instant que Ségolène Royal condamne ces propos.

Je ne reviens pas sur la déclaration elle même, malheureuse, mal fagotée, ni sur le bonhomme qui a des antécédents douteux, mais sur le fond, sur le sujet lui même, qui mérite selon moi qu’on s’y arrête.
Qui mérite mieux en tout cas que la réaction unanimement outrée, lobotomisante, qui refuse toute analyse ou toute réflexion.
La Lepénisation des esprits c’est exactement ça : pas la déclaration elle même, mais les réactions à la déclaration, refusant toute possibilité d’analyse ou de discours un tant soit peu intelligent.

Seule la condamnation est possible.
Comme si tout discours, d’où qu’il vienne, devait se juger par son degré de séparation avec celui du FN, comme si Le Pen était le centre du débat politique, comme si tout devait se juger à l’aune de ses déclarations.
Evidemment, trop content de l’aubaine, Le Pen a immédiatement embrayé et rajouté de l’huile sur le feu.

1° On me permettra d’analyser tel ou tel propos sans faire référence au discours de l’extrême-droite.
2° Ce n’est pas parce que Le Pen nous dit qu’à midi le soleil est à son zénith qu’il nous faut absolument le contrer que non il est à son nadir.

Je ne vais pas être majoritaire, pas dans la bien pensance, c’est pas grave, c’est pas la première fois, ça ne me gêne pas.

Retour sur image, juillet dernier, la Coupe du Monde.
Hymnes nationaux, travelling latéral, gros plan sur les joueurs.
Boutade in peto : “la France est un grand pays black”.

J’en parle d’autant plus aisément, qu’à l’unisson du reste des Français j’ai regardé, soutenu, puis fini par aimer cette équipe, qui n’est ni noire, ni blanche, ni rouge à pois verts, mais qui est bleue-blanc-rouge, estampillée d’un coq.

Néanmoins, un papou au fin fond de sa jungle regardant ces images, ou un extra-terrestre captant le signal de la retransmission aurait pu légitimement penser que la France 1° est un pays majoritairement black 2° un pays africain.
Combien y a t’il de noirs en France ? Je ne le sais pas, je veux pas le savoir et espère bien que l’INSEE ne le demandera jamais dans ses enquêtes et recensements.
Nous ne sommes pas aux Etats-Unis où l’on doit déclarer sa race.

Mais que la composition de l’équipe de France ne soit pas représentative de la population française, c’est un fait, une évidence, difficilement contestable.
1° Peut-on le dire ? Voilà une première question.
2° Doit-on le regretter, pourquoi le regretter, que cela signifie t’il, en voilà une seconde.

A mes yeux, oui on peut s’en étonner, et qu’on ne le fasse pas, que personne ne le fasse, pour des raisons de bien pensance, de PC, et de Lepénisation tels que décrits plus haut, me semblent absolument regrettable.

Pourquoi ?
Explications.

Premier temps.

Le -triste- privilège de l’âge, me permet d’avoir connu une équipe des Springboks d’Afrique du Sud (j’avais dit que je parlerais de rugby) au temps méprisable de l’apartheid.
Equipe entièrement blanche évidemment, parce qu’il était impossible que blancs et noirs jouent (jouassent ?) dans la même équipe.
Les commentateurs de l’époque ne manquaient jamais de nous rappeler que cette équipe, blanche, n’était pas représentative du pays, noir, et qu’elle était au contraire le symbole le plus connu internationalement de l’apartheid.
Ca a marqué l’enfant que j’étais.
Fallait-il jouer contre eux ? Fallait-il aller jouer en Afrique du Sud ? Le débat n’était pas mince.
(I ain’t gonna play Sun City, chantait Little Steven - le Steven Van Zandt des Sopranos- en 1985 …)

L’apartheid abject a fini par tomber, et une autre image s’est gravée sur ma rétine. Celle d’un Mandela radieux aborant le maillot vert et or estampillé de la gazelle bondissante.
J’ai acheté, j’ai porté ce maillot de Mandela, qui devenait pour moi le symbole éclatant d’un racisme étatique abattu.

Depuis des joueurs noirs ont intégré l’équipe sud-africaine, même si elle n’en comptait qu’un dans la coupe du monde 1995, et si elle reste majoritairement blanche.
D’autres raisons, de culture et de pratique rugbystique, de catégories sociales, peuvent l’expliquer.
J’y reviens plus bas pour l’histoire qui nous intéresse.

Deuxième flash-back, l’équipe de France de mon enfance, puis celle de mes 18 ans, la vraie, la seule L’Equipe (L majuscule, E majuscule) celle emmenée par le meilleur joueur français de tous les temps (pas de discussion possible avec moi sur ce point ! :) ) ce fils d’un italien immigré en Lorraine appelé Aldo Platini.
Une équipe de France bigarrée, mélangée, symbole de ce beau melting-pot qu’est la France.
Des Amoros, Genghini, Tigana, Platini, Fernandez, Bellone, Trésor (ah, Marius au Maracana…).
Et Giresse, Bossis, LeRoux, Battiston, Domergue.

Comme avant elle, les équipes avec Kopa(sweski), né quasiment dans mon jardin, ou Piantoni, ont toujours reflété les vagues d’immigration et d’intégration en France, bref le mélange.
Allons même jusqu’à cette équipe “black-blanc-beur” de 1998 et cette génération Zidane (qui n’est pas la mienne, mais passons…)

Mais l’équipe actuelle, n’est pas “black-blanc-beur”, elle est black.
Ca n’est ni être raciste ni faire le jeu de Le Pen que de le voir ou le dire.

Je ne sache pas que la France ait fondamentalement changé de population dans les dernières années, que l’immigration ait à ce point été importante.
Pour le coup c’EST le discours de Le Pen de nous rabattre les oreilles sur une immigration de masse, qui n’existe pas dans les faits.
Donc refuser de 1° voirsavoir pourquoi effectivement l’équipe est composée de 9 joueurs noirs, c’est là faire le jeu de Le Pen.
Pas le contraire.

Deuxième temps.

Que dit Michèle Alliot-Marie hier soir, et à juste titre. (Qu’elle continue de le marteler !)
Que la discrimination positive c’est ne pas choisir quelqu’un de méritant/compétent d’une catégorie de population sur-représentée, au profit d’une personne moins méritante/compétente, par le simple fait qu’elle appartient à une catégorie moins représentée.
Pour reprendre une définition, c’est “passer par un détour inégalitaire provisoire, pour aboutir à plus d’égalités“.
A voir…

C’est tout simplement insupportable.
Dans “discrimination positive”, j’entends d’abord “discrimination“, pas “positive”
Il faut la bannir.
Il faut déjà en bannir le terme, ce qui ne devrait pas être compliqué. Il suffit de lire n’importe quel bouquin un peu sérieux sur les US (André Kaspi, La Civilisation américaine, page 83) pour savoir que ce terme n’est rien d’autre qu’une mauvaise traduction/utilisation du terme américain d’ “Affirmative Action” autrement plus positif.

Pire même : “on peut remarquer que la traduction qui sert à désigner cette politique est tout à fait impropre dans la mesure où elle reprend la formulation des adversaires de ces dispositifs aux Etats-Unis.
!!!
(Je m’étonne même qu’en cette période électorale, où petites phrases et idées sont essentielles pour nourrir les débats et les JT, je m’étonne qu’aucun spin-doctor n’ait proposé à son candidat de changer le terme et de revenir au terme originel d’ “action affirmative”.)

Nulle trace de “discrimination”, mais au contraire une “action affirmative”.

Je suis à 1000% pour une “action affirmative” à la française, c’est à dire mettre le paquet, les hommes, les moyens, les structures, là où il y a besoin cruel, vers les populations à problèmes, les quartiers  difficiles et “sensibles”.
Bref les plus pauvres (appelons un chat un chat).
Faire en sorte que les gamins issus de familles parfois/souvent non francophones, intellectuellement, socialement, économiquement précaires, aient plus d’aides, plus de support et de soutien scolaire, afin qu’ils réussissent.
(On en revient aux 35h de Ségolène pour les enseignants.)

Et ensuite -ensuite- les plus méritants d’entre eux, évidemment trouveront/doivent trouver la place qui doit être la leur dans la société française (autrement moins raciste que la société américaine).

Mais mettre un gamin moins bon dans telle ou telle grande école, à la place d’un gamin meilleur mais plus favorisé, sous prétexte qu’il vient d’un milieu moins favorable… ça s’appelle tout simplement de la discrimination.
Point.

Quel rapport avec Frèche et l’équipe de foot ?
Le rapport c’est qu’immédiatement hier soir le président de la Fédération a rappelé (sic) “qu’il n’y avait pas de quotas en Equipe de France.”
Et pourquoi pas ?
Pourquoi pas, se demande le petit blanc un peu bas de plafond au comptoir d’un bistrot.
Pourquoi ça marcherait dans un sens, et pas dans l’autre.
Pourquoi on prendrait pas un footeux blanc moins bon, au détriment d’un black meilleur, histoire “d’équilibrer” l’équipe ?
Pourquoi ça marcherait dans les écoles, à la télé, au JT, dans les entreprises, et pas dans le sport ?
Pourquoi on prendrait pas une fille moins rapide que -la subliiiiime- Christine Arron, histoire de foutre une blanche dans le relais 4×100m.

C’est idiot ? Je sais, mais c’est la logique “discrimination positive” portée jusqu’au bout.
On voit qu’effectivement 1° c’est parfaitement idiot 2° ça fait évidemment le jeu des pensées et des partis extrêmes.

(Entre parenthèse, il y a ça dans Borat - comme quoi il est pas si mal ce film finalement :)- quand les étudiants qui le prennent en stop se lancent dans un long exposé sur le fait qu’aux Etats Unis ce sont les minorités qui commandent tout, et qu’on n’est rien quand on est dans la majorité.
1° Ce qui n’est pas faux, vu du côté des Blancs.
2° Ce vers quoi on va tout droit , si Sarko, son communautarisme, sa discrimination positive l’emportent.

(Aaron Sorkin, le génial scénariste et créateur de Studio 60 et de The West Wing, avait montré toute l’ambiguîté, toutes les limites d’un tel système, dans un épisode où la porte parole de la Maison Blanche, CJ Craig, alors que son père était mourant, se souvenait que toute sa vie il était resté petit prof, et n’avait jamais pu monter en échelon, n’avait jamais pu devenir directeur, parce que d’autres, moins méritants, moins anciens, moins côtés que lui, mais faisant partie de minorités, chaque année étaient passés devant lui dans les mutations.
Tristesse, colère mêlée de rancoeur et d’incompréhension, chez celle qui était pourtant la porte parole d’un président démocrate très à gauche. )

On voit que ça ne crée pas moins d’inégalités, ça 1° en crée d’autres sans forcément combler les premières 2° ça crée rancoeur voire racisme.

Alors pourquoi cette équipe de France comprend t’elle 9 joueurs noirs sur 11 ?

Troisième temps.

Puisque nous ne sommes pas un pays africain, puisque le peuplement de la France n’a pas à ce point changé en 20 ans, les autres explications sont nécessairement sociales.
(Non, pas sportives.)
Cela mérite qu’on s’y arrête, et malheureusement je n’y vois guère de positif.

Dans un sens, comme dans l’autre.

Première direction. ->

Le football est un sport populaire, au plein et beau sens du terme. On y joue dans la rue, on y joue avec peu de moyens, on y joue dans les couches les plus populaires de la société.
Plus que pour le golf, l’escrime ou la danse par exemple. ;)
Les grands joueurs cités plus haut étaient issus de milieux populaires, et le melting-pot (origines des parents, couleurs etc…) de l’Equipe de France traduisait la mixité de ces classes populaires et laborieuses (comme aurait dit Georges Marchais).

On s’est habitué à ce que les boxeurs français soient, presque exclusivement, noirs, gitans, arabes, aux noms à consonnances exotiques.
Pourquoi ? Parce que la boxe c’est -très- dur, et qu’il faut venir de tout en bas, de vraiment en chier, pour trouver comme ascenceur social, comme voie montante, comme issue, de se prendre des coups de poing dans la gueule.
Très peu de champions de boxe viennent de Neuilly. Les parents y inscrivent très peu leurs rejetons dans des clubs à la Million Dollar Baby.
On s’y est habitué, on n’aurait pas dû.

Doit-on s’habituer à ce que les meilleurs joueurs de foot soient noirs ? Qu’est-ce que ça voudrait dire ? Que désormais les classes les plus populaires, socialement les moins favorisées soient uniquement “de couleur” ?
Que donc nécessairement les “blancs” seraient -un peu- moins défavorisés, -un peu- au dessus socialement.
Qu’il y aurait donc dans notre pays un tri social selon la couleur de peau ?
Ce serait parfaitement insupportable.

C’est cette image là de la France que nous renvoie aussi cette équipe comme dans un miroir.
C’est peut-être ça qu’a voulu dire Frèche, c’est en tout cas ce que moi j’y vois.

S’interroger sur cette sur-représentation des Noirs en Equipe de France n’est ni raciste, ni aussi scandaleux que toute l’intelligentsia a voulu le dire hier soir (c’était à celui qui arriverait en dernier comme dans un jeu de chaises musicales), c’est tout simplement s’interroger sur la sur-représentation des Noirs (et des Arabes) dans les couches les plus défavorisées de la société, et ça me semble au contraire primordial.

Ou alors on se dirige, une fois de plus, vers le modèle américain, où la réussite de quelques stars blacks dans le basket, la NFL ou le base-ball, arbres multi-millionnaires, cache la forêt d’une sous-classe de citoyens dont le reste de l’Amérique se fout royalement et dont elle se lave d’autant plus facilement les mains qu’elle voit ces stars blacks 24/24 7/7 365/an sur 500 chaines en même temps.

Comme une séparation des fonctions dans la société par couleurs de peau.
T’es black, tu feras du sport ou du rap.
(Révolution quand un entraîneur, un quaterback un ceci ou un cela, devient pour la première fois “de couleur”.)
Communautarisme insupportablement ancré, injecté dans chaque pore de la société US.

Allons-y si c’est ça qu’on veut.
Nos banlieues brûleront mais on n’y fera guère attention puisque 9-10-11 blacks seront champions du monde et donc le symbole éclatant d’une intégration ou d’une réussite sociale….

Deuxième direction. <-

L'effet que ça a sur les gamins de banlieue, qui ne voient donc comme ascenceur social, comme porte de sortie que les secteurs où ils voient des blacks : dans le rap et dans le sport.
Effet déplorable.
1° Ils ne seront tous ni Thuram, Vieira ou Henry pour les garçons, ni (malheureusement pour nous tous) Christine Aron pour les filles.
Ils ne deviendront pas tous star du RnB.
Je préférerais moins de blacks en Equipe de France, et davantage sur les bancs de l'Assemblée Nationale, ou à la tête de quelques unes des plus grandes entreprises françaises.
C’est peut-être moins bandant et ferait moins d’audimat pour TF1 (qu’ils aillent se faire f*utre !), mais ça me semblerait plus sain.
2° A quoi bon apprendre à l’école, puisque c’est pas l’école qui nous fera sortir de notre condition, c’est le foot et le rap.

Je doute fort, malheureusement, que quelques joueurs de foot aient un quelconque effet d’entraînement (sans jeu de mot) vers le reste de la société, vers des postes à responsabilité.

Bref, plutôt que d’unaninement renvoyer d’un revers de main médiatique, bien pensant  et autiste la déclaration de Frèche, j’eus aimé que certains avancent un ou plusieurs de ces arguments qui méritent que oui, on voit et on s’interroge sur la non-représentativité des joueurs de l’Equipe de France par rapport à la population de ce pays.

Qu’en pensez vous ?

PS : Sujet délicat, beaucoup de temps pour écrire cette note, que je retoucherai à coup sûr par petites modifications (j’ai dû oublier quelques remarques) , afin d’être précis pour ne pas risquer d’être mal compris.

Comments 3 Comments »

Voilà, j’ai donc vu le film et j’avoue avoir du mal à comprendre les publicités affichées partout dans nos villes “le film le plus drôle de l’année”, “précipitez vous” ou, pire car venant du chef de Les Nuls, “à se pisser de rire”.

Non seulement on ne rit pas je n’ai pas ri, mais le film est extrêmement malsain.

Enfin si, “on rit”, comme “on” peut rire à Michael Youn ou Jackass.
Ce qui n’est pas mon cas.

Sauf que là, “en plus” si je puis dire, il y a “message politique“.
Et il y a beaucoup à dire.
On a parlé de racisme. L’accusation est forte.
Si racisme il y a, ce n’est pas contre le Kazakhstan, ridiculisé en pastiche ; ni contre les Juifs, anti-sémitisme “de pacotille” si tant est qu’on puisse accoler ces termes, en tout cas parodique.
Non, s’il y a racisme, si le film met constamment mal à l’aise -et c’est pour cette raison qu’on ne peut pas y rire-, s’il laisse un sale goût amer dans la bouche, une impression de mal être en sortant de la projection, c’est pour cause de racisme anti-américain.

Il y a là une façon de se moquer du peuple américain, dans presque toutes ses composantes, profondément pénible.

On me dira “qu’il appuie là ou ça fait mal”, que c’est une critique.
Oui mais non, car il y a un côté “outsider” dans la “charge” de Sacha Baron Cohen, comique juif anglais, un côté “vu de l’extérieur/par quelqu’un qui n’en est pas” qui dérange profondément.

Je dis “comique juif anglais” comme je parlerais de l’humour juif new-yorkais de Woody Allen, ou de l’humour juif d’Europe Centrale de Billy Wilder et des grands noms de la comédie américaine, pour décrypter l’ “oeuvre” dont on parle (et à laquelle je fais trop d’honneur par ce terme.)

Si l’anti-sémitisme du film fait “de façade” c’est parce qu’on sait que Baron-Cohen est juif “pratiquant” (on nous l’a assez répété).
Si son attaque de l’Amérique laisse un goût désagréable, c’est qu’on sait, qu’on voit qu’il n’est pas américain, non pas à cause de son masque de journaliste kazakh, mais parce que le film le laisse voir.

On n’est pas chez Michael Moore, qui appuie là où ça fait mal dans la socité américaine, qui dénonce, qui attaque, mais dans un grand cri d’amour de l’Amérique, son pays.
Rien de tel chez Baron-Cohen.

Pour connaître un peu l’Amérique et les Américains, je sais deux choses :
- leur immense gentillesse mâtinée de naïveté ;
- leur tout aussi immense méconnaissance du monde qui les entoure.
(et une troisième : leur immense fierté d’être Américain).

Il n’est donc guère difficile de se faire passer pour un journaliste du Kazakhstan (il aurait pu tout aussi bien inventer un pays fictif, puisque les Américains n’ont pas la moindre idée des autres pays, des autres façons de vivre, des coutumes, des niveaux de développement, et sans trop forcer le trait, n’importe qui de n’importe où pourrait faire croire que son pays vit encore à l’âge de pierre) et de duper, d’abuser le monde.

Le second point assez désagréable de ce film, après le côté “outsider” c’est cette duperie, cet abus, le viol de ces braves gens qui lui font confiance, lui ouvrent leurs portes, lui accordent des entretiens de bonne foi, etc…

Ca n’est pas une caméra cachée, c’est presque pire, apparemment presque tout est “réel”, et les gens sont abusés de bonne foi. Ce qu’on voit n’est pas bidonné.

Et que voit-on ?

- Des féministes new-yorkaises lui accordent une interview (pensant participer à un documentaire sur les femmes dans le tiers-monde) et il leur renvoie à la figure que les femmes ont un plus petit cerveau, qu’elles ne peuvent être l’égal d’un homme, et finit par en traiter une de “pussycat”, ce qui met fin à l’entretien. (un extrait)

- Il casse un magasin de souvenirs sudistes (ouh, le message…).

- Dans un rodéo à Salem, Virginie, il prétend chanter l’hymne américain avec les paroles de l’hymne kazakh, qui grosso modo dit que “le Kazakhstan est le plus beau pays du monde et [que] les autres sont des tapettes“, ce qui ne manque pas de déclencher une foule houleuse.
Non sans avoir d’abord faire dire face caméra à l’organisateur du rodéo que “si on pouvait on pendrait les homos ici aussi, ou avoir fait applaudir “j’espère que Bush boira le sang de chaque femme et chaque enfant en Iraq“.

Super drôle jusque maintenant non ?

- Toujours dans le Sud des Etats-Unis (c’est tellement plus simple de s’attaquer à eux), reçu par la belle société d’Alabama dans une plantation de 1875, il ne manque pas d’insulter les uns, ou de revenir des toilettes avec sa grosse commission dans une serviette, prétendant ne pas connaître l’usage de la chasse d’eau.
Ben allons !
(Même si, encore une fois, on pourrait le prétendre aussi en France, l’Américain moyen en accepterait sans trop rechigner.)

Je passe quelques autres séquences, où il fait l’idiot dans une station -très- locale de télévision, où il prétend apprendre à conduire et chercher “l’aimant à minettes” sur le capot, où il se fait prendre en stop par des étudiants gros cons locaux…
Je passe aussi quelques séances à poil, de catch, de poursuite, de sexe en gros plan, très Michael Youn (à l’humour si fin, si délicat), et j’ai résumé le film.

Qu’est-ce qu’on a rigolé !

A défaut d’être drôle, ça pourrait effectivement être “une charge féroce” comme on dit, contre l’Amérique, son degré d’abrutissement, sa méconnaissance du monde, voire (allons-y gaiement) contre un système mercantile et ultra-libéral abrutissant, contre une absence de culture, de mémoire, d’ouverture vers l’autre etc… si, encore une fois, on sentait derrière cette charge, un amour pour ce pays, une volonté d’avancer, et que le film serve à quelque chose.
On ne le ressent pas, je ne l’ai pas ressenti, je ne suis même pas du tout sûr que ça y soit.

Les rires, chez nous, dans la salle sont gras et rajoutent au malaise.
Les rires, aux US ,me laissent pantois, sauf à être nordiste, extrêmement critique de son pays, ou à se croire supérieur aux gens dépeints dans le film, (ou à être débile).
Bref du “rire de mauvaise qualité”, comme disait Bedos en chute d’un ancien sketch où il lisait le Bottin, et ne tombait que sur des noms à consonance arabe.

Ce n’est pas un conseil Baragouine.
N’y allez pas (et si vous tenez vraiment à vous faire une idée, presque tout est sur youtube)

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