Maman ? Maman t’es là ?
Noir.

Voilà. C’est ainsi que s’est terminée hier soir l’une des la plus formidable aventure théâtrale de ce dernier quart de siècle. C’était la dernière de L’Homme qui Danse - ou La Vraie Danse du Diable - de Philippe Caubère.
J’ai eu l’immense privilège d’en être, et les mots vont me manquer pour décrire cette soirée forte en émotions. Un dictionnaire des superlatifs - s’il existait- n’y suffirait pas.
Depuis l’émotion palpable dès l’entrée dans le Rond-Point, depuis la liste des personnalités et des invités - Bernard Murat, Danielle Thompson, Micheline Presle, du name-dropping en veux tu en voilà, même que pour certains leurs prénoms suffiraient (Ségolène et François ça vous dit quelquechose ? ;) )
Notre future présidente (?) n’avait pas voulu rater le dernier rendez-vous avec Ariane, Claudine, Madame Colomer, Ferdinand et les autres…

Episode 6 - Ferdinand- absolument sublime, quintessence de tout le travail de Caubère ; tout s’y retrouvait : la mère et “les trois petites marches” de la Fare-les-Oliviers, Ariane “Mouchkipiline” et la troupe dans la Cartoucherie, le tournage d’une scène (visiblement complexe :) ) de Molière.

S’il ne faut voir -s’il ne fallait voir, puisque désormais il faut en parler au passé-, qu’un épisode c’était celui-là.
Parfait dans sa construction, dans son rapport au temps, dans ses images et ses symboles.
Espérons qu’il a été capté.

(L’épisode 5 - Ariane-, qui raconte le mariage la Fête de l’Amour de Ferdinand et Clémence, vu l’avant-veille m’a moins convaincu. A la fois parce qu’il a l’air d’un élément rajouté, presque inutile, déjà vu dans un épisode du Roman d’un Acteur ; parce que dans sa longueur étonnamment courte -2h15 censément sans entracte-, on n’est pas dans la durée propice à Caubère ; enfin parce que un “incident” a troublé la représentation : Caubère ennuyé par l’odeur de graillon - effectivement forte- qui remontait des cuisines du Rond-Point, a finalement fait un entracte de 15minutes, et a demandé à ouvrir le fond du théâtre pour laisser pénétrer l’air quasi polaire qui régnait sur les Champs-Elysées.
Ca nous a refroidi…
Même la scène finale, la “sortie” de cet épisode est faible. Etonnant quant on sait à quel point elles sont d’habitude extrêmement fortes.
Bref un épisode “morceau ajouté”, presque inutile.)

Mais l’épisode 6 …
Un premier acte où Ariane, confronté au trouble de la création n’arrive plus à tirer grand chose de ses comédiens ni à créer depuis 18 mois.
Un scène finale -la fameuse lutte contre le vent de M’Boro et Abdallah- avant l’entracte, plus forte que le final de la veille .
Et surtout un second acte burlesque et tragique, reconstituant un tournage dans les jardins de Versailles avec 350 figurants, que Ferdinand raconte à sa mère mourante.

La façon que Caubère a d’abord de la mettre enfin au centre de la scène, sous les feux de la rampe, de lui donner une vraie sortie, un vrai moment face au public (où accessoirement elle demande à ceux qui “par hasard, par erreur” auraient cessé de voter communiste, d’y revenir sans tarder :) ) puis plus tard de la faire mourir tandis qu’il lui racontait “qu’au cinéma il y a toujours quelque chose qui ne va pas, et c’est pour ça qu’il faut toujours recommencer”, est une merveille absolue de dramaturgie, qui laisse les spectateurs cloués dans leurs fauteuils pendant d’interminables secondes.

Puis, comme un seul homme, c’est l’ovation debout. Quinze minutes (pas des minutes parisiennes, celle de ma Swatch), pour saluer la performance, l’acteur, l’improvisateur de génie, le formidable auteur de cette oeuvre-monde, et pour dire merci à celui qui depuis 25 ans (création en Avignon en 81) nous aura donné tant et tant d’heures de plaisir.

Merci Philippe !” comme l’a crié une personne à ma gauche.
Mille mercis à vous !

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PS : Anecdote pour les inconditionnels. Véronique, sa compagne, souffleuse du premier rang, était à 3 fauteuils de moi, à suivre ligne par ligne, réplique par réplique, sous la faible lumière de sa torche, le texte de la représentation comme chaque soir.
Mais ce que j’ai découvert, c’est que sous le script, elle place un album de Tintin.
Pour l’inspiration ? Pour porter chance ? Superstition des artistes…
Dans les interviews-suppléments des DVD, Caubère explique son admiration pour Hergé, et comment les titres de ses spectacles lui ont été inspirés par ceux des albums de Tintin.
Cohérent jusqu’au bout.

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