« Alors t’as passé de bonnes vacances ?«
Rentrée oblige, voilà la question qu’on n’a cessé de me – de vous- poser la semaine dernière.
Si je répondais sincèrement ce que je pense – « Ouais, personne n’est mort ni ne s’est fracturé quoi que ce soit chez moi, je ne me suis pas blessé pendant mon séjour, donc oui excellentes vacances.« - je suppose qu’on me regarderait avec de gros yeux.
C’est pourtant exactement le fond de ma pensée car ça m’est arrivé plus d’une fois.
Ici Mamie Henriette (*) qui se fracture le col du fémur (plusieurs fois) , dont évidemment on ne me dit rien tant que je suis à l’étranger, que je retrouve au retour dans un centre de convalescence, dont elle ne sortira, quelques années plus tard, que dans un van des Pompes Funèbres ; Tonton Robert (*) qui se casse également le col du fémur, ou sa femme multi-récidiviste de la chute qui se re-re-casse le coude et qu’on me cache au téléphone ; mon père, fracture également avant que je ne parte l’an dernier, en convalescence pendant l’été et ma mère qui vit, mes quelques jours de voyages, seule, handicapée et recluse par la canicule derrière des volets clos.
6000 km plus loin, de mon côté de l’atlantique, le moindre bobot est évidemment toujours possible. J’y pense mais ça ne sert à rien de se focaliser, de s’angoisser constamment inutilement, de « vivre dans la peur de l’incident » ça ne le ferait pas éviter.
Ce truc ridicule et banal – l’entorse en courant, la simple racine d’un arbre qui dépasse qui vous fait valdinguer, la rage de dent ou l’insolation attrapée dans les bleachers ou sur une plage, le truc bête et inévitable qui vous emmène aux Urgences.
Néanmoins, quand je rentre et que « tout s’est bien passé« , que pas la plus petite anicroche, médicale ou administrative, n’est venue ternir un ciel radieux, oui « les vacances se sont bien passées« .
Tout le reste, le plaisir de tel ou tel moment, infinitésimal et incommensurable, intime et in(dé)passable n’est -presque- que de la plus-value.
Je le sais d’autant plus depuis que j’ai vu Sicko (sortie mercredi par chez nous).
Si vous pensez que le système de santé, les hôpitaux américains ressemblent à Grey’s Anatomy (fut-ce un McDreamy en moins) vous vous trompez lourdement (*).
E.R ou Grey’s c’est non seulement de (l’excellente) fiction, c’est surtout de la propagande, au sens Hollywood circa 1942, Casablanca, Ford, Capra & Co.
A usage tant interne qu’externe.
La différence c’est que là où un Américain moyen sait, à fréquenter nécessairement un jour ou l’autre un service hospitalier, que ce qu’il voit sur ABC tous les jeudis soir c’est de la pure fiction, un Français, à fantasmer une Amérique entrevue dans les films et les séries, rêvée de Grand Canyon en Golden Gate, d’Empire State Building à Las Vegas, de (Alerte à) Malibu à (Orange County) Newport Beach, ce Français donc, tout aussi moyen, papa de Dylan et Allison, quant à lui, croît peut-être que les rues du Nouveau-Monde sont pavées d’Or les services d’urgence de l’Oncle Sam accueillent tout le monde sans distinction aucune, de nationalité, de race et surtout de porte-monnaie.
Heureusement que Michael Moore est là pour nous montrer l’envers du décor, la face cachée du rêve, car ce n’est *ahem* pas tout à fait le cas.
C’est même une honte pour « le pays le plus riche du monde » de ne proposer que ça à ses citoyens.
Bien sûr c’est du pur Michael Moore, avec ses méthodes, ses facilités, ses grosses ficelles ou ses raccourcis.
Quelques scènes cocasses, certaines caricaturales (le voyage à Cuba-Guantanamo), des scènes qui vous rendront ahuris ou interloqués, d’autres surtout qui vous révulseront ; les Clochards qu’on jette dans les rues de Skid-Row de Los-Angeles est une des scènes les plus humainement choquantes qu’on puisse imaginer.
Quand il s’en vient dans la Vieille Europe – U.K ou France- parler à des médecins nationalisés anglais ou à des expatriés US décrivant le congès parental à la française, on est tout à coup saisi une double réaction.
- la prise de conscience que ce qu’on croit aller de soi, être une évidence sociale, un minimum de modernité et de développement, en est tout sauf un là-bas.
- qu’on est finalement pas si mal rudement bien par chez nous, et que, entorse pour entorse, je préfère me la faire de ce côté-ci de l’Atlantique, (et si possible m’en passer complètement).
C’est évidemment un film à voir ab-so-lu-ment.
La France, on l’oublie à y vivre et à s’en plaindre constamment, est #1 des systèmes de santé dans le monde.
PS : Salon (je ne retrouve pas le lien direct) tenait un discours identique suite au season-finale de Grey’s en mai dernier, épisode où des réfugiés cubains, évidemment sans papier et sans assurance d’aucune sorte étaient néanmoins recueillis en mer et soignés à Seattle Grace Hospital sans autre complication politico-administrative, à coups de (dizaines de) chirurgiens et de (millions) d’équipement en salle d’op’, et de (milliers de) dollars de facture.
Le magazine en ligne s’étonnait que, alors que ça n’est déjà pas le cas pour un Américain, I.D et mutuelle en main, ça semble être possible pour des réfugiés sans argent ni papiers.
(*) Les prénoms ont, comme on dit, évidemment été changés.
[Rédigé depuis quelques jours, posté en retard pour les raisons evoquées ci-dessous]
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