On me demande beaucoup depuis ce matin, tous supports confondus -mail, chat, tweet, IRL…- “Alors, t’en penses quoi de cette victoire d’Obama ?”.
Comme si j’étais plus concerné qu’un autre, comme si j’avais des trucs plus intéressants qu’un autre à dire.
A force de répondre des ébauches de phrases intelligibles, je vais quand même finir par avoir une réponse intelligente.
Je retente ici le coup.
Je pense que l’Amérique s’est façonnée, s’est inventée hier l’image qu’elle aimerait avoir d’elle même en se contemplant dans un miroir.
“Miroir, miroir, dis moi que je suis la plus belle.”
Un conte de fées, une fantaisie à la Disney.
Je pense que le reste du monde quant à lui, qui contemple béat de bonheur le sacre d’Obama, persuadé que cette image que l’Amérique projette d’elle même, sur les télés et dans les salles obscures du monde entier, correspond à l’Amérique fantasmée qu’il imagine, jouit enfin de cette superposition parfaite dans un climax chimérique.
Depuis hier tous les Capitaines de flics sont vraiment noirs comme Dobey dans Starsky & Hutch (et d’ailleurs tous les flics conduisent des Torino rouges…)
C’est vrai que ce serait chouette…
Je pense donc que les deux parties se trompent, se leurrent, se mettent le doigt dans l’oeil jusqu’au coude, et que la chute n’en sera que plus brutale, pour les uns et pour les autres.
Pardon de briser l’élan de bonheur et de n’être qu’un rabat-joie. Je préviens, c’est tout.
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Un élément que je rappelais à mes étudiants en cours de démo hier, issu du Boston Globe.
Ce n’est pas tant ici que les Américains soient 29ème -!!!- dans le monde pour le taux de Mortalité Intantile qui m’importe -même si ce chiffre en dit déjà suffisamment long- et qu’ils reculent -ce qui en dit encore davantage- mais cette courte phrase, ce paragraphe laconique en bas de l’article :
Blacks had the highest rate of infant mortality in 2005, at 13.63 deaths per 1,000 live births, or about double the national average.
Alors quand je lis dans le NYT ce matin que “la barrière raciale est tombée“, ou quand je vois Bob Shieffer au CBS Evening News hier soir s’enthousiasmer “Vous vous rendez compte ? Il y a 150 ans il y avait 31 millions d’Américains dont 4 millions d’esclaves [et de répéter le chiffre] et demain nous pouvons élire un président noir !” comme si c’était la fin de tous les problèmes raciaux, le coup d’éponge final sur une histoire qu’on ne veut plus voir, soit ça me fait rire, jaune, soit ça me donne envie de donner des coups de poings dans les murs (ou d’envoyer une réponse au NYT).
Le jour où le taux de mortalité des enfants noirs sera le même que celui des enfants blancs aux US, là oui, je m’enthousiasmerai à l’unisson que “la barrière raciale est tombée”.
Je crains que ça ne soit pas pour tout de suite, qu’Obama n’y pourra pas grand chose, et à tout bien penser, que ce serait même pire : qu’il ait fallu un président “métis” pour qu’enfin leur situation s’améliorât.
(On peut par contre espérer que sa réaction devant le désastre Katrina à New Orleans, eut été, là, plus rapide et compassionnelle que celle d’un Dubya.)
PS : J’aurais évidemment pu prendre d’autres statistiques, celles du nombre de condamnés à morts, celle de la surpopulation carcérale, celle de … ad-lib ou presque, malheureusement.