Une gemme s’est posée sur le plateau de la Comédie de Béthune depuis quelques jours.
Je parle bien sûr de la Seconde Surprise de l’Amour, de Marivaux, mise en scène de Luc Bondy, que j’ai vue hier soir.
Voilà une des plus belles soirées de théâtre auxquelles j’ai assisté depuis longtemps. Voilà probablement ce que le théâtre contemporain - français, européen… et plus si affinités- peut offrir.

Dès qu’on entre dans la salle et qu’on découvre le plateau, avant même que les acteurs n’y pénètrent, on saisit l’ambition de Luc Bondy et on subodore quelque chose de passionnant.
Les premières minutes désarçonnent néanmoins : j’ai toujours adoré Marivaux - comme Goldoni d’ailleurs, probablement mes deux auteurs favoris- parce que je les associe à la grâce et à l’élégance, au raffinement et aux plaisirs, aux tourbillons des corps, des esprits et des sens, aux couleurs, au soleil.
Le décor et les lumières de cette mise en scène -intemporelle, on n’est ni en “costumes d’époque” ni réellement ancré dans une quotidienneté - sont davantage dans le monochrome, dans le gris et les tons neutres, dans le noir-deuil, que dans les frous-frous chatoyants et virevoltants auxquels le nom de Marivaux fait instantanément penser.
Le ton lui même, le tempo des acteurs, leur lenteur  (on n’est pas non plus chez Bob Wilson, heureusement) surprend de prime abord.
Puis très vite la langue, les mots de Marivaux se font entendre, raisonnent, et l’on perçoit toute l’adéquation  entre la forme et le vocabulaire de la pièce, trouvée, éclairée, illustrée par Luc Bondy.
Ce n’est pas une simple relecture de la pièce, c’est encore moins un travestissement ou une trahison, mais bien un éclairage : les  notes étaient là, il suffisait de les faire entendre.
Je rectifie : il fallait un grand metteur en scène pour les faire interpréter par les comédiens virtuoses, pour les donner à entendre au public.

Quel dépoussiérage ! Non que j’ai jamais trouvé Marivaux vieillot, mais quelle réponse à ceux qui trouveraient dépassé et sans intérêt d’étudier une pièce et une langue du début XVIIIème siècle ! La salle était aux deux-tiers remplie de collégiens tous droits sortis de l’Esquive : rangées -non mixtes- de garçons,  petites frappes de lycée en blousons de cuir, passant une grande-partie de la représentation à se texter ; filles plus attentives et concernées. Quelle chance pour eux d’avoir pu assister à un tel spectacle,  qui venait à eux, qui leur était offert, même si, sans doute, ils n’en ont pas saisi le privilège. (Je fais toute confiance à leurs enseignants pour en tirer tout le bénéfice.)
Merci Malraux, merci Lang… nous sommes privilégiés en France d’avoir, jusqu’au coeur de toutes nos provinces, accès à cette qualité de spectacle là !

Les comédiens étaient à l’unisson d’une mise en scène ciselée, ne perdant jamais le fil ténu du parti pris Bondyien.
Plastiquement c’était superbe -tout de silhouettes, d’esquisses, de traits au fusain- et, c’est tellement rare,  lisible par tout un chacun.
Rien de superflu ou d’esbroufe malgré une inventivité incessante, y compris dans les interstices laissés entre les répliques.

Oui, une grande et belle soirée de théâtre !

(Comment ça, ça ferait un bide sur France2 en prime-time ? Mais on s’en br*nle ! Aboulez !)

PS :  Allez quand même, on pourrait trouver que la pièce est un rien monotone, monocorde. La note est belle, elle est magnifiquement tenue d’un bout à l’autre par des comédiens au diapason, mais c’est la même note sur deux heures (notamment la Marquise).
Est-ce dû à la pièce de Marivaux elle même, qui serait monochrome ? Est-ce la tonalité amenée par Bondy ? Je ne sais pas y répondre : c’était la première fois que je la voyais et que j’assistais à un spectacle du metteur en scène suisse. 

Luc Bondy et Marivaux - Ma-Tvideo France2
ITV de Luc Bondy à propos de sa création de la seconde surprise de l’amour de Marivaux 
3 Responses to “La seconde surprise de l’amour”
  1. Horatius says:

    Que ne m’as tu admiré dans les Fausses confidences, en 86 à Rungis ;-)

  2. arnaudt says:

    Dans le rôle d’une suivante ? :D

    Tu en dis trop ou pas assez là. Explique ! :)

  3. Horatius says:

    Dans le rôle du Comte, Faquin ;-) Et dans la mise en scene de Jean-Louis Barrault en 47;-)

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