Making-of [MàJx2]
Petit message perso, ciblé mais public, à Benoit Marchal – de l’excellent Déclencheur.com- et à JCDichant – du non moins excellent NikonPassion.com.
Là encore j’ai besoin de plus 140 caractères pour vous faire une demande
(et j’espère que vous ne m’en voudrez pas de vous interpeller ainsi.)
Je le savais dès le départ : c’est le photographe qui fait la photo, pas l’appareil. Je n’ai pas davantage depuis succombé aux syndromes de « la raquette de Borg » (ou du « stylo-plume de Shakespeare« , selon les sources
).
Mais ce que je sais vraiment, maintenant 1° que je suis équipé d’un appareil correct 2° que j’ai commencé -un peu- à comprendre la technique, lis beaucoup, analyse et décortique énormément d’images etc…, plus ça vient, plus je suis persuadé que faire une photo (bonne ou pas, c’est un autre problème), c’est OSER faire une photo.
Oser sortir l’appareil et photographier des choses incongrues, que l’on peut trouver intéressantes mais pas forcément les autres ; oser shooter devant des gens incrédules ; oser aborder quelqu’un pour le photographier.
Oser attirer les regards.
Le photographe n’est pas invisible. Il attire les regards. Il modifie même ainsi la réalité qui l’entoure et/ou qu’il voulait photographier.
Sauf à être noyé dans un évènement (carnaval, foire, manifestation culturelle quelconque…) ou un lieu touristique et anonymant, entouré par des dizaines/centaines d’autres appareils, où l’acte de photographier est le lot commun, à part ces moments rares, et finalement peu propices aux photos intéressantes (en tout cas celles que JE voudrais faire), le photographe attire l’attention.
Son appareil, sa posture, sa gestuelle, son action attirent les regards comme s’il avait lui même un projo dirigé sur lui.
Faire une photo oriente la lumière davantage vers vous que vers le sujet photographié.
Malheureusement.
Et plus j’avance, moins c’est de savoir la vitesse, l’ouverture, la profondeur de champ, la mise au point, le « développement » ou process dans Photoshop… bref la technique, qui m’intéressent dans une photo que j’aime, mais c’est un « comment a- t’il fait ? humain » qui m’interroge.
- est-ce une photo volée, prise sur le vif, ou préparée ?
- a t’elle demandé une longue attente, ou fut-elle instantanée ?
- doit-on toujours être prêt, l’appareil au cou, à l’épaule, ou repère t’on un lieu où l’on s’installe, sort son matériel et attend qu’il se passe quelquechose dans le cadre ?
- une seule photo avec CE sujet a-t’elle été prise, ou 50 ont été faites et c’est la meilleure techniquement qui, a posteriori est devenue LA photo ?
- a t’elle demandé un long repérage ou a t’elle été improvisée ?
etc…
De plus en plus, j’y vois un acte humain (évidemment créatif) bien davantage qu’une technique.
Les données EXIF ne me suffisent plus : je dirais presque que je les trouve subalternes.
Comment fait-on des photos ? C’est une question simple à formuler, peut-être simpliste, mais dont je ne trouve pas la réponse aux endroits pourtant spécialisés… dans la photo.
Je me la pose chaque jour en regardant le travail de Sam Javanrouh dans son excellllent Daily Dose of Imagery (qui est, je l’ai déjà dit et je me répète, ce que j’aimerais pouvoir faire) :
(Et pour en savoir plus :
-> http://www.cbc.ca/arts/slideshows/daily_dose_soundslide/index.html
-> http://www.movabletype.com/blog/2008/09/featured-movable-type-site-daily-dose-of-imagery.html )
Des podcasts , des forums de « découpeurs de pixels en 4 » comme dit mon camarade Rol@nd, des web-shows qui répondent à des questions techniques, il y en pleins, et d’excellents (3 ? bon d’accord : ici, ici et ici) mais des making-of je n’en vois pas (à part ici, découvert très récemment).
[MàJ] Des making-of de cinéma, tout un chacun en est abreuvé : c’est même un argument de vente des DVD et autres Blue-Ray.
Et chacun de savoir que c’est fait en studio ou dans un quartier entièrement bloqué, que ça a pris cinq mois, que la prise a été recommencée trente fois et le champ-contre champ fait à trois mois et cinq mille kilomètres de distance – voire par des comédiens qui ne se sont pas croisés-, que des effets spéciaux ont été rajoutés sur x plans, etc…
Tout le monde le sait, tout le monde connaît les coulisses et techniques du cinéma par coeur.
(On n’est pas pour autant capables de le refaire, je suis bien d’accord.)
Mais chacun ainsi de savoir définir le cinéma, le circonscrire, l’identifier.
On en a même fait une expression commune : « c’est du cinéma » (ou sa variante « c’est pas du cinéma« ), synonyme de c’est du chiqué (ou au contraire, c’est bien réel).
Rien de tel pour la photo (me semble t’il).
On ne sait rien – ou si peu- du contexte, comment ça a été fait, combien de prises ratées pour une réussie, combien de temps de prise de vue, de « chasse » à la bonne image etc…
Résultat des courses : on – le public, je m’y inclus- ne sait toujours pas bien ce que c’est la photo.
Le terme est tellement employé, à tous les sens, tous les usages, bon et mauvais escient, qu’on est perdu.
On pense à photos de vacances ou de familles, photos publicitaires, photos de Doisneau ou Capa, mais à une telle géométrie variable qu’on est bien en peine d’en cerner des contours : l’objet reste flou (un comble).
[NB : Je n'ai jamais d' étudiants - parcours master culturel- qui se plantent autant dans leurs mémoires et soutenances que lorsqu'ils font des stages "dans la photo", parce que justement bien en peine de cerner leur sujet.]
Ce que je voudrais et qui semble ne pas exister, c’est suivre un photographe, dans une de ses sorties photos, et voir comment il procède.
Dans un court making-of.
Pour apprendre.
Evidemment, autant de photographes, autant de styles, de sujets et de façons de faire, et donc autant de making-of possibles.
Une bonne idée de vidéo-podcast Benoit, non ?
Addendum : à me relire je vois que je ne suis pas forcément très clair, et que ce billet aurait besoin d’illustrations.
Ce sera l’objet de la seconde partie (ce soir, demain ?)
En attendant, voilà déjà un exemple (tiré de mes favoris sur Flickr, car c’est d’eux que vient cette réflexion).

Cette photo de Jean-Christophe Dichant, prise du Mont StMichel, et toute cette série, m’emballe totalement, mais ne m’interroge pas : le lieu s’y prête, le sujet s’y prête, la promenade d’y prête…
Celle ci-dessous, par exemple, du même auteur, m’intéresse presque davantage, car j’aimerais en connaître le contexte et les coulisses.

C’est un exemple, mais je vais essayer de clarifier/ mieux illustrer mon propos dans la seconde partie de ce billet.
[NB : on aura compris que je parle ici, presque exclusivement, de cette catégories de photographes qui publient BEAUCOUP, qui se font un challenge de publier une photo par jour et numérotent leur production sur 365.
(Oui, Benoit, j'ai bien noté que ce n'était pas votre mode de fonctionnement
)
Le photographe occasionnel, de vacances, de "sortie photo organisée" est peu concerné par ma question existentielle du moment
]
Vous pouvez néanmoins déjà y réagir
[MàJ #2] Pas besoin de chercher : la plupart des photos de ce site – qui me plait énormément et vers lequel je voudrais « tendre » – sans jamais l’atteindre, comme on le dit d’une asymptote- conviennent à illustrer parfaitement mes interrogations.
Que ce soit les photos dans le métro (réaction des gens, autorisation, anonymat de la prise de vue…) ; celle du choix/changement de l’objectif devant ce genre de sujet ; comment peut-on foutre ainsi son objo sous le nez des gens ? comment « voler » une photo comme celle-ci, etc…
A peu près n’importe laquelle me pose « question » sur son making-of.
Cyril Genty, si vous me lisez…
Que ce soit




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