Voilà, cette diffusion « mondiale » comme a aimé à le rappeler Yves Calvi, de HOME s’est bien passée – on est bien content pour Pinault François et Besson Luc- mais une nuit plus tard, qu’en reste-t’il, qu’en ai-je retenu ?
Disclaimer : je ne fais pas partie des « anti-Arthus Bertrand » – j’en connais pleins (qui me disent notamment qu’ »il n’a aucun talent et que n’importe qui avec un hélico et un montant illimité de carburant en ferait autant ») – , je serais même plutôt admiratif.
Je n’en connaissais jusque maintenant que l’oeuvre photographique : la Terre Vue du Ciel évidemment, croisée en grands formats à Paris comme à Londres (un soir en sortant d’un concert de U2 à Earls Court), ses photos du Salon de l’Agriculture, ses ou ses photos de groupe »bâchés » en Afrique ou en Mongolie.
Je trouve ça beau. Naivement. Benoitement. Ah ce Coeur de Voh, ah cette vache primée … notre Terre est bien belle.
Je n’ai pas de problème sur le temp/ le coût/la pollution : je lis que c’est « compensé carbone » et ça suffit au citoyen lambda que je suis et qui n’en sait pas beaucoup plus.
—
J’ai BEAUCOUP plus de problèmes avec ce que j’ai vu hier.
Pour tout un tas de raisons.
• J’ai d’abord trouvé ça mal construit, mal écrit, grandiloquent et flou. Les premières minutes sont incompréhensibles. Le coté « Gaia » new-age, « poche de soleil » m’a profondément gonflé.
• C’est ensuite profondément anti-pédagogique : on ne sait jamais où on est, de quoi on parle : aucun carte, aucune incruste, aucun lieu, aucun chiffre ne sont inscrits (sauf sur le « générique de fin). Trop de chiffres, trop d’infos, lus trop vite : contre-productif.
On passe sans sourciller d’un iceberg en forme de piscine à une ile des Maldives dans le fondu enchainé et le flou le plus total : je défie quiconque d’avoir compris, analysé, retenu le 1/10è de ce qui a été montré hier.
On passe aussi sans sourciller d’animations en CGI (fonte des Pôles) à de vraies (**) images sans que ça ne soit précisé. Bonjour la manip’.
On pourrait me rétorquer que c’est le style de YAB. Pourquoi pas.
Ca n’est pas là le plus grave dans ce « documentaire ».
• « Le travelling est une affaire de morale » comme disait Godard.
A fortiori en hélico.
Que la misère est photogénique ! Que la pollution est belle ! Que les fumées toxiques sont cinématographiques ! Que les reflets irisés du pétrole à la surface de la mer, les ravages de la sécheresse, les mers qui disparaissent, Dieu que tout cela est beau !
Vous n’avez pas trouvé ?
Sont enchainés sans le moindre questionnement, sans le moindre REGARD, les pires et les plus belles choses.
Arthus-Bertrand filme, de la même façon, avec le même style et la même beauté finale du plan, les merveilles naturelles et les destructions que l’homme fait subir à son environnement.
Mais qu’il est pittoresque le tableau de ces femmes multicolores (**) en train de creuser des réservoirs en Inde ou de puiser de l’eau en Afrique.
(Coluche me soufflait un vieux sketch dans l’oreillette. La misère, mais c’est magnifique la misère : le linge qui pend aux fenêtres, les enfants qui jouent au foot avec des boites de conserve rouillées, et la milice, qui passe quatre par quatre, armée juqu’aux dents, prête à bondir…)
Le comble étant atteint par ces plans, dont je détournais les yeux car ils me sont insoutenables, d’HUMAINS, fouillant les décharges, y vivant pour y trouver de quoi manger ou revendre.
Et j’imaginais le tournage : l’attente d’avoir un coucher/level de soleil pour avoir une belle lumière ; la réflexion de se mettre en contre-jour pour que « ce soit plus beau » avec les fumées toxiques se dégageant des ordures ; le « on la refait plus bas et plus lentement » au pilote de l’hélicoptère et le nombre de prises nécessaires pour aboutir au résultat que l’on a vu.
Tout simplement sordide. Ignoble.
DESCEND DE TON HÉLICO YANN !
(*) Boomerang devait etre le premier nom de HOME.
(**) Ils n’ont pas un peu forcé sur les Couleurs et le Contraste chez EuropaCorps ?
Derniers commentaires