J’ai hésité avec un autre titre : Par ici la sortie !
A priori peu de rapport, et pourtant si.
Jean-Robert Pitte est géographe (forcément un gars intéressant
) dont je conseille les ouvrages à mes étudiants.
Mais ça n’était pas en cette qualité qu’il était invité de France Culture mardi matin jour de Rentrée des Classes.
(Je n’ai évidemment pas pu bloguer dessus avant, je n’ai que rapidement twitté ma réaction à chaud).
Jean-Robert Pitte est actuellement le Président de la Sorbonne.
Il vient par ailleurs de sortir un livre au titre évocateur : Stop à l’arnaque du Bac.
Il donnait quelques chiffres censés illustrer l’impasse du système universitaire dans lequel nous nous trouvons.
Perso j’appelle même ça foncer droit dans le mur.
Les chiffres ne m’ont pas surpris en tant que tels – je les pratique au quotidien – ils m’étaient néanmoins étonnants pour cette vitrine ce qu’on croît être, de l’extérieur, un fleuron : la Sorbonne.
Taux de réussite d’échec :
- en 1ère année : 72%
- en 2ème année : 50%
- en 3ème année : 40%
(Et même, en 4ème année parce que, pour reprendre ses termes, « on ne nous a pas permis de faire une sélection à l’entrée du Master 1 » : 30%)
Encore une fois ça ne me surprend pas plus que ça, puisque j’interviens dans une UFR où le taux d’échec en Licence1 est de 84%.
Oui : 16% de passage en 2ème année.
Sauf que tout le monde s’en fout. Ou plutôt que personne ne le sait.
Ca n’est donc pas un sujet de société, encore moins un argument électoral.
Non, ce qu’on a promis aux Français, ce qu’on leur donne donc -comme on donnait des jeux et du pain- juste avant de partir en vacances, l’esprit libre et le moral au sommet, c’est « 80% d’une classe d’âge au bac » (85%, 90% et tant qu’on y est 100% !)
Des médias – télés, radios, unes des journaux- qui s’enthousiasment pour ce marronnier que sont les images d’ados exaltés – et de parents si soulagés- en découvrant leur nom dans la liste des reçus (comme si c’était vraiment une surprise avec un tel pourcentage), et qui annoncent solennellement une hausse du chiffre des reçus.
Liliane tu peux boucler les valises !
Du soleil en juillet-août, une Coupe du Monde (foot ou rugby) de temps en temps, des gamins qui ont tous le bac, voilà les ingrédients suffisants – mais nécessaires- au fameux « moral des ménages« .
Le reste on s’en fout, le reste ‘toute façon on le sait pas.
Surtout ne pas dire que 70-80% de ceux là se plantent l’année suivante en fac.
Surtout – mais surtout ! – ne pas évoquer la moindre idée de « sélection« , ou même d’ « orientation« , ça foutrait toute la France dans la rue et ferait sauter le gouvernement.
(Je ne parle même pas d’envisager de, peut-être, remonter le niveau du Bac, donc forcément d’en baisser le taux de réussite.
Quand on est dans cette logique de chiffre, seule la hausse est évidemment envisageable.
Ou alors le supprimer purement et simplement ?)
Continuons comme ça puisque tout le monde semble satisfait, mais le mur se rapproche.
PS : Oserais-je ajouter, fut-ce à déplaire à l’UNEF, qu’évidemment ce sont les plus petits, les étudiants de milieux les plus modestes, qui trinquent ?
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