Hier soir j’achète mon pain dans ma boulangerie habituelle.
(Jusqu’ici rien d’exaltant)
Je remarque dans la vitrine nouvellement décorée ce que je crois être des Rois Mages - personnages vétus d’or et de manteaux somptueux…- et d’animaux blancs que je pense être des moutons (de dos).
“Vous avez installé la crèche ?” demandais-je à l’une des vendeuses (40-50 ans).
“C’est des Pères-Noël !” me répond-t’elle.
Surpris de l’absence complète de rouge -dans leur tenue et donc dans la vitrine- je m’approche et feint d’en convenir, en constatant que les “moutons” sont en fait des oursons blancs.
“Et puis le Petit Jésus il peut pas encore être là” ajoute une sympathique cliente qui se joint à la conversation.
“Ben non il sera là le 25” répond la vendeuse.
C’est là que la seconde vendeuse, 15-16 ans, probablement en formation alternée, du bout de l’étalage où elle emballait quelques patisseries, ne peut s’empêcher de réagir devant une telle info :
“Ah bon ? Il est né le jour de Noël, Jésus ?“
C’est vrai que, quand on y pense, c’est une sacrée coïncidence, même que si on avait voulu le faire exprès on n’aurait pas pu.
Nous nous sommes regardés tous les trois - cliente, vendeuse âgée et moi- d’un air mi-contri mi blasé, reconnaissant qu’on se demande bien ce qu’on fête désormais le 25, ce que signifient toutes ces décorations lumineuses clignotant les façades, la vendeuse ajoutant même, pour dédouaner sa jeune collègue, que “les jeunes aujourd’hui, ils font plus forcément le rapport” et avons convenu que nous lancerions une passionnante conversation sur le catéchisme une prochaine fois.
La concomitance de la sortie - ENFIN !- des derniers épisodes du Roman d’un Acteur (désormais intégralement disponible), et de deux Matins de France Culture délocalisés à Bruxelles - les 11 et 12 octobre derniers- pour tenter de mieux cerner l’ampleur de la crise qui secoue la Belgique, m’avait amené à vouloir pondre ce billet.
Et puis je ne l’avais pas écrit, faute de temps nécessaire pour regrouper ma pensée devant ce large et essentiel sujet, analyse pourtant résumable en deux mots : un pays avec plusieurs langues, ça ne fonctionne pas (ou, selon moi, ça ne peut pas fonctionner.) Pas plus au Québec qu’en Belgique, ou pas plus que dans de futurs United States of America, évidemment moins unis si certains états - métropoles, capitales …- sont hispanophones et d’autres anglophones.)
Ce n’était pourtant pas les anecdotes, ubuesques et ridicules, qui manquaient dans ces émissions, et qui auraient pu constituer autant d’accroches à un billet.
Mais le dramatique et l’ampleur de la situation m’avaient sans doute repoussés.
Une autre anecdote, toute aussi stupidement ridicule m’y ramène tardivement, et cette fois je ne peux pas ne pas y faire écho.
Elle nous vient du Libé d’hier.
«Mon frère est accompagnateur [contrôleur].
Lorsqu’il fait la ligne Liège-Ostende, en Wallonie, il doit annoncer les gares seulement en français ; à Bruxelles, en français et en néerlandais ; et en Flandre seulement en néerlandais.
Une fois, il a annoncé les gares en français en Flandre et quelqu’un a déposé une plainte contre lui…»
!!
Allez, tant pis, je me lâche : Bienvenue à la vingt-troisième région française !
Tant que j’y suis, un autre film documentaire sur la débâcle états-unienne en Irak, l’excellent No End in Sight, vu cet été à Boston, est sorti en DVD.
A voir absolument.
Quand nous avons commencé la reconstruction, nous savions qu’il y avait 500 façons de mal nous y prendre et seulement 2 ou 3 de réussir. Mais nous ne savions pas que nous ferions les 500 une par une.
The movie from two time Academy Award-winning documentary filmmaker Barbara Kopple and Cecelia Peck that chronicles the lives of the Dixie Chicks from 2003 to the start of their 2006 tour.
It follows the Texas-based country music band while they were under fire after lead singer Natalie Maines publicly criticized the current President of the United States George W. Bush in a 2003 concert in London. Illustrating the day-to-day life of the Chicks, the films shows them with their husbands and their children, at home in Texas and in the recording studio in Los Angeles, getting their hair and makeup done before appearances, exchanging ribald remarks with each other, and writing song lyrics and working on musical arrangements.
All the highs, lows and mayhem that occurred just before and for the three years following “the incident” are all here. The personal attacks, personal growth, a changing world, making music, having babies, receiving death threats, and even a fair amount of laughter.
Mais aussi Bowling for Columbine ou Fahrenheit 911 de Michael Moore, SuperSize Me ou l’excellent Outfoxed, The War on Democracy, The Fog of War etc…
Sur l’Irak ou WalMart, McNamara ou à l’opposé sur Arundhati Roy, sur Hugo Chavez ou Kissinger.
Des heures et des heures de documentaires politiques, récents et célébrés, de nombreux étant sortis en salles.
C’est évidemment *ahem* orienté, mais c’est de l’essentiel à voir ou à revoir.
Tout se trouve ici : http://freedocumentaries.org/
Grève des transports, pire, gare fermée !
Du jamais vu, en tout cas pas de souvenir récent.
Portes coulissantes désespérément obtuses, Relay H inaccessible -de toute façon au rideau fer baissé-.
Où acheter sa presse ?
Libé tiens, avec Cécilia “Desperate Housewife” en couverture. Faut pourtant pas le rater celui-là.
Je fais le tour de quatre café-tabac-presse sur mon chemin de retour.
Sondage non exhaustif mais sacrément représentatif.
En moyenne :
- 1 exemplaire du Monde ;
- 2 ou 3 du Figaro ;
- évidemment une masse d’Aujourd’hui en France ;
- évidemment tout autant d’Equipe.
Et évidemment point de Libé qui reste introuvable.
Non pas qu’il soit dévalisé et qu’il n’y en ait plus : il n’y en a tout simplement jamais eu, il n’a pas été distribué.
Terminant ma tournée par “Le Longchamp“, le café-tabac-PMU-presse.. le plus proche de chez moi, où je n’ai strictement jamais vu Libé sur le présentoir en face de la caisse -mais d’habitude je m’en fous et ne pousse pas l’investigation plus avant ,puisque je suis passé dans la journée deux (trois-quatre) fois devant un Relay H ouvert- , présentoir où l’on trouve pourtant Charlie-Hebdo, Le Canard ou The Guardian (!!) je décide cette fois-ce de me lancer, de poser la question de fond : “vous n’avez plus Libé ? Libération” ?
Regard interloqué de la dame à la caisse, qui passe donc sa vie devant le présentoir : “Ah non, on n’a pas.” d’un ton définitif qui terminait l’échange.
Et moi d’enchérir : “Mais vous ne l’avez plus, ou vous ne l’avez pas eu ? Vous l’avez parfois ? Vous êtes distribué ?”
- “Ah non, on fait pas” (sic) tout aussi définitif, qui associait par le ton Libé à quelque magazine échangiste ou sado-maso.
Prenant mon interlocutrice, qui me croyait désormais sorti du café, au dépourvu :
- “C’est l’un des trois quotidiens français avec Le Monde, Le Figaro.” pontifiais-je, oubliant au passage Le Parisien/Aujourd’hui.
-”Ca me dit rien. Hein untel - s’adressant à sa collègue qui tirait des bières un peu plus loin- Libération ?
Non, on n’a pas. C’est un hebdomadaire ?”
Au delà de la piquante - ou triste, c’est selon- anecdote, au delà de l’invisibilité de Libération, quotidien censément national, à la nouvelle formule tant médiatisée -et à quoi bon une nouvelle formule et toute la pub possible si au bout du compte le journal reste parfaitement introuvable, y compris au Longchamp ou dans les café-tabac du coin-, c’est évidemment toute la question de la distribution de la presse nationale française que je pose à nouveau.
Je sais, c’est une vieille antienne, c’est un peu une obsession de ma part. Mais là où la presse gratuite est si bien distribuée -et pour cause elle ne vit que de ça- la presse payante en général, et de toute évidence Libération en particulier, reste difficilement accessible.
Si nos élites sortaient de Paris et des kiosques à journaux sur chaque trottoir, elles le sauraient davantage et prendraient peut-être le problème de la distribution de la presse en France un peu plus à bras le corps.
Les distributeurs à tous les coins de rue comme aux US c’est malheureusement pas pour tout de suite…
J’aurais pu titrer ce post “Reviens dormir à l’Elysée” mais c’eut été de mauvais goût.
D’autant que je veux davantage faire ressortir toute l’humilité qui m’habite, qui devrait tous, nous les hommes, nous habiter ce soir.
On peut promettre ce qu’il y a de plus beau de plus grand, de plus inaccessible, la lune même - et franchement quoi au dessus d’un appart’ à l’Elysée, de la place de Première Dame, du rôle et des pouvoirs qui accompagnent ce rôle ?- quand l’Amour n’y est plus, quand la dame veut aller voir ailleurs, pour une raison ou une autre, promesses mirifiques - fussent-elles tenues- ou pas, la dame s’en va.
Oui, je me sens peu de choses ce soir, très humble, et j’ai pour Sarko dans son malheur personnel -qu’il va avoir bien du mal à garder pour lui- beaucoup de sympathie [sumpatheia : participation à la souffrance d'autrui].
Après la mode des écouteurs intra-auriculaires merdeux qui faisaient tchk-tchk-tchk-tchk-tchk-tchk-tchk et ennuyaient tout un compartiment pendant des plombes, la mode est maintenant à plus d’écouteurs du tout.
Directement le mobile à fond la caisse.
Comme si le Walkman n’avait jamais été inventé, comme si le lecteur mp3 n’existait pas -je n’ose évoquer le terme d’iPod, invisible dans mes contrées prolétaires-, comme si même la notion de casque avait disparu.
Si possible à plein volume sur des hp merdiques.
Si possible n’importe où, de préférence dans les lieux publics.
- Evidemment la rue : plus un gamin qu’on ne croise, le mobile à la main en train “d’écouter” -???- What I Want par Bob Sinclar.
(Si vous connaissez déjà, je vous plains ; si vous ne connaissez pas, c’est vraiment juste pour illustrer mon propos…)
- Evidemment dans le train, comme si les autres passagers n’existaient pas, qu’ils empêchaient ces esthètes d’écouter leur musique en paix, ou que le compartiment était leur salon d’écoute privilégiée.
- Evidemment même dans le métro bondé.
Si possible enfin, uniquement de la daube techno-euro-dance-trance voire du rap bien agressif.
Si je tenais celui qui a inventé le mode haut-parleur sur les téléphones portables, je le condamne à passer une journée enfermé à écouter ContactFm.
(*) C’est en tout cas l’impression que ça donne, quand vous demandez à l’impétrant s’il veut bien mettre son casque : ils vous fixe d’un regard bovin, tente de décrypter une langue étrangère et n’a de toute évidence pas la moindre idée de ce à quoi vous faîtes allusion.
Oui, pénible…
J’ai hésité avec un autre titre : Par ici la sortie !
A priori peu de rapport, et pourtant si.
Jean-Robert Pitte est géographe (forcément un gars intéressant :)) dont je conseille les ouvrages à mes étudiants.
Mais ça n’était pas en cette qualité qu’il était invité de France Culture mardi matin jour de Rentrée des Classes.
(Je n’ai évidemment pas pu bloguer dessus avant, je n’ai que rapidement twitté ma réaction à chaud).
Jean-Robert Pitte est actuellement le Président de la Sorbonne.
Il vient par ailleurs de sortir un livre au titre évocateur : Stop à l’arnaque du Bac.
Il donnait quelques chiffres censés illustrer l’impasse du système universitaire dans lequel nous nous trouvons.
Perso j’appelle même ça foncer droit dans le mur.
Les chiffres ne m’ont pas surpris en tant que tels - je les pratique au quotidien - ils m’étaient néanmoins étonnants pour cette vitrine ce qu’on croît être, de l’extérieur, un fleuron : la Sorbonne.
Taux de réussite d’échec :
- en 1ère année : 72%
- en 2ème année : 50%
- en 3ème année : 40%
(Et même, en 4ème année parce que, pour reprendre ses termes, “on ne nous a pas permis de faire une sélection à l’entrée du Master 1” : 30%)
Encore une fois ça ne me surprend pas plus que ça, puisque j’interviens dans une UFR où le taux d’échec en Licence1 est de 84%.
Oui : 16% de passage en 2ème année.
Sauf que tout le monde s’en fout. Ou plutôt que personne ne le sait.
Ca n’est donc pas un sujet de société, encore moins un argument électoral.
Non, ce qu’on a promis aux Français, ce qu’on leur donne donc -comme on donnait des jeux et du pain- juste avant de partir en vacances, l’esprit libre et le moral au sommet, c’est “80% d’une classe d’âge au bac” (85%, 90% et tant qu’on y est 100% !)
Des médias - télés, radios, unes des journaux- qui s’enthousiasment pour ce marronnier que sont les images d’ados exaltés - et de parents si soulagés- en découvrant leur nom dans la liste des reçus (comme si c’était vraiment une surprise avec un tel pourcentage), et qui annoncent solennellement une hausse du chiffre des reçus.
Liliane tu peux boucler les valises !
Du soleil en juillet-août, une Coupe du Monde (foot ou rugby) de temps en temps, des gamins qui ont tous le bac, voilà les ingrédients suffisants - mais nécessaires- au fameux “moral des ménages“.
Le reste on s’en fout, le reste ‘toute façon on le sait pas.
Surtout ne pas dire que 70-80% de ceux là se plantent l’année suivante en fac.
Surtout - mais surtout ! - ne pas évoquer la moindre idée de “sélection“, ou même d’ “orientation“, ça foutrait toute la France dans la rue et ferait sauter le gouvernement.
(Je ne parle même pas d’envisager de, peut-être, remonter le niveau du Bac, donc forcément d’en baisser le taux de réussite.
Quand on est dans cette logique de chiffre, seule la hausse est évidemment envisageable.
Ou alors le supprimer purement et simplement ?)
Continuons comme ça puisque tout le monde semble satisfait, mais le mur se rapproche.
PS : Oserais-je ajouter, fut-ce à déplaire à l’UNEF, qu’évidemment ce sont les plus petits, les étudiants de milieux les plus modestes, qui trinquent ?
Elle est épatante Soeur Emmanuelle.
Tout le monde aime Soeur Emmanuelle.
J’ai le souvenir d’un Salon du Livre il y a quelques années où une queue d’environ 300m attendait non seulement pour l’approcher lui parler, mais pour l’embrasser.
Elle vous parle de sa voix haut-perchée, ses yeux clairs et aimant, fixés dans les vôtres, vous tutoie et vous raconte -je paraphrase et résume- “tu sais, Jésus …” comme s’il venait de lui envoyer un Texto 10 minutes avant, joignant le geste - elle vous touche, vous prend la main ou l’avant-bras- à la Parole Divine.
Elle y croît.
C’est un peu son job.
Tout le monde l’aime comme une sorte de grand-mère idéale - pourtant improbable- une néo Denise Grey revêtue de “l’Habit”.
Hier midi, dans ma revue de presse quotidienne, je lis une pleine page du Monde où, sous la plume d’Annick Cojean, on l’interroge sur les révélations récentes des doutes de Mère Térésa.
Et je tombe sur ça.
Et puis le tsunami de décembre 2004. “Là encore, je me suis tournée vers Lui : “Seigneur, tu as fait ça ? Mais pourquoi ? Pourquoi ?” J’étais abasourdie. J’ai longuement réfléchi. Et je me suis dit qu’au fond, en une minute, des dizaines de milliers d’hommes sont entrés dans une éternité de joie, d’amour et d’harmonie. Nous sommes des taupes qui ne voyons que le court terme sur terre. Dieu, lui, voit l’éternité.“
Relisons ensemble : “J’ai longuement réfléchi. Et je me suis dit qu’au fond, en une minute, des dizaines de milliers d’hommes sont entrés dans une éternité de joie, d’amour et d’harmonie.”
???
Un allumé de la réincarnation, un guide spirituel de secte, un gourou génocidaire ne dirait pas autre chose.
Amis kurdes, cambodgiens, tutsis, soudanais, juifs, indiens … (ad-lib) soyez bénis.
Elle est éminemment sympathique Soeur Emmanuelle, elle n’en est que plus dangereuse.